Vendredi 14 décembre 2018

Philippe Hortala, 1986 une année charnière

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 février 2004 - 398 mots

Originaire de Toulouse, dont il fut l’une des figures les plus actives de la scène artistique des deux dernières décennies, Philippe Hortala nous a brutalement quittés en 1998 à l’âge de trente-huit ans. Véritable coup de foudre sur un arbre en pleine maturité. L’exposition rétrospective de ses années dites « punk », de 1980 à 1986, que lui a consacrée à l’été 2000 le musée de l’Abbaye Sainte-Croix des Sables-d’Olonne avait été l’occasion d’apprécier à sa juste valeur ce qui en fondait la démarche. À tout le moins une énergie et une boulimie de peinture qui s’en prenaient tant à certains modèles historiques, Dali et Warhol en tête, qu’à l’actualité d’un retour à la figuration, qualifiée libre, auquel Hortala avait choisi d’apporter son écot. Parce qu’elle marqua un tournant décisif dans le développement de son travail, l’année 1986 a été choisie pour seule date de référence de l’exposition que propose cet hiver à son tour l’espace d’art de Colomiers. Une façon de braquer le projecteur sur une période clé en montrant un ensemble de peintures sur le thème des Intérieurs, entre les années punk, d’une part, et les images de fraises vénéneuses et de gâteaux écœurants, d’affrontements sexuels entre mollusques et crustacés, de tuyaux d’arrosage tentaculaires, d’autre part. Du blouson de cuir, abandonné en 1985, à la chemise à fleurs, qu’il endosse en remplacement, d’aucuns repèrent chez le peintre un changement qualitatif essentiel de comportement : il semble assagi, tant dans sa vie que dans sa peinture. Les Jours heureux annoncés – c’est le titre attribué à plusieurs œuvres de l’époque – ne le sont pourtant pas vraiment. Ils apparaissent plutôt « comme des éclatés d’appartements, avec leurs habitants… Tout semble à sa place, commode, dans les faisceaux de la perspective mise en boîte » (Benoît Decron) ; en réalité, « on s’aperçoit qu’en dépit des couleurs joyeuses, ces appartements suintent la solitude… Il n’y a pas d’issue, et ces intérieurs sont définitivement des prisons » (Richard Leydier). De fait, dignes de Piranèse. C’est que, par-delà sa manière libre d’aborder la peinture, Philippe Hortala ne s’engageait pas moins dans une puissante réflexion sur la vie,la mort, l’amour, le sexe, la haine, la peur… bref les grands thèmes, souvent tumultueux, d’une peinture somme toute classique dont les modèles le hantaient.

« Philippe Hortala », COLOMIERS (31), espace des arts, plein centre, tél. 05 61 78 15 41, jusqu’au 21 février.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°555 du 1 février 2004, avec le titre suivant : Philippe Hortala, 1986 une année charnière

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