Samedi 24 février 2018

galerie

Philip-Lorca diCorcia, portraits abstraits

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 14 janvier 2008

Les portraits peints par Rembrandt présentent tous une incroyable puissance d’expression.
Celle-ci est notamment rendue par une science consommée des jeux d’ombre et de lumière sur les visages de ses modèles. On ne sait pas toujours que, pour obtenir de tels effets, l’artiste disposait
en dessous de la couche picturale une épaisseur de blanc de zinc qui contribuait à illuminer plus ou moins fortement les carnations. Ce sont les analyses scientifiques qui nous l’ont appris. Il est bien peu vraisemblable en revanche que les exégètes des temps à venir ne découvriront jamais les « trucs » qui permettent à Philip-Lorca diCorcia de réaliser ses « photographies de rue » parce que les dispositifs d’éclairage qu’il s’est inventés agissent sur la prise de vue et non dans la matière même du médium photographique. En quête d’une vérité crue, paradoxalement livrée dans la saisie d’un instant sans artifices et la plénitude d’une lumière élaborée, l’art de diCorcia, qui réussit ce prodige de distinguer de la foule une ou plusieurs figures, charge ce genre de scène d’une dimension particulière qui conjugue le naturel et le sophistiqué. Sa dernière livraison, intitulée « Heads », a été réalisée sous un échafaudage à Times Square à l’aide d’un téléobjectif. Elle relève d’une autre intention, celle d’isoler dans la pénombre la figure du passant photographié, de l’extraire du contexte – voire de l’abstraire –, du fait de l’obscurité régnante et de la force concentrée de la lumière sur le sujet.

- BRUXELLES, galerie Rodolphe Janssen, rue de Livourne 35, tél. 32 2 538 08 18, 21 mars-18 mai.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°536 du 1 mai 2002, avec le titre suivant : Philip-Lorca diCorcia, portraits abstraits

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque