Mercredi 12 décembre 2018

théâtre

Petersen, le romantisme du désespoir

L'ŒIL

Le 1 juin 2001 - 246 mots

La photographie suédoise doit beaucoup à l’un de ses plus éminents représentants, Christer Strömholm. Son goût pour les personnages décalés, les marginaux et les laissés pour compte a marqué une génération. Anders Petersen, né en 1944 à Stockholm, a été son élève avant
de s’aventurer à son tour dans les territoires en friche surgissant aux frontières d’une société aux contours policés. Son travail le plus remarquable a été réalisé au cours des années 70 dans un bar du quartier de la Reeperbahn à Hambourg. La fréquentation assidue de ce bouge (le Lehmitz) lui a permis de gagner la confiance des habitués, prostituées et travestis, alcooliques et petite pègre locale. Au fil des jours, il a photographié leur manège, leurs amours, leur lassitude en une relation de proximité qui n’est pas sans évoquer la démarche d’un Van Der Elsken dans les bars et les soupentes du Saint-Germain-des-Prés des zazous. Mais Petersen ne quittera jamais les décors décrépits d’une humanité à la dérive. Ses travaux suivants ont en effet pour thème les prisonniers, les vieillards en asile et les internés en hôpital psychiatrique. On flaire le pathos, on redoute la complaisance envers le désespoir, un certain romantisme de la noirceur.
Ces images vont pourtant bien au-delà du sentimental, pour atteindre une dimension héroïque appartenant au monde du théâtre : Brecht aurait pu mettre en scène cet hyperréaliste Opéra
de Quatre Sous.

- EVRY, Théâtre de l’Agora, place de l’Agora, tél. 01 60 91 65 60, 29 mai-7 juillet.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°527 du 1 juin 2001, avec le titre suivant : Petersen, le romantisme du désespoir

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