Mardi 17 septembre 2019

Musée de Gajac, Villeneuve-sur-Lot (47)

Peintres résistants en Espagne, sous Franco

Jusqu’au 17 octobre 2010

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 23 août 2010 - 368 mots

Un homme terrassé au sol sur le point d’être broyé par un étau en forme de svastika, un godillot de syndicaliste écrasant un serpent coiffé d’une croix gammée, c’est sur une série d’affiches révolutionnaires et offensives que s’ouvre l’exposition de Villeneuve-sur-Lot.

Et le fil rouge de la résistance de se poursuivre. Espagne 1945, Franco a remporté la manche face aux républicains et ficelé, version académique, toute production artistique. La réponse ne tarde pas. Ici comme là-bas.

C’est ce que déroule un parcours qui balance entre première et deuxième génération, exilés et résistants de l’intérieur. Hommage majuscule est donc rendu aux émigrés d’avant la chape fasciste, à commencer par une version de l’effroyable Guernica de Picasso, en guest paradigmatique. Ici reproduit à la gouache pour le carton préalable à un transfert en tapisserie du célébrissime panneau réalisé à Paris en 1937, le tableau infernal incarne la violence de la répression franquiste, mais rappelle encore la possibilité d’une œuvre comme « instrument de guerre » avant de signer symboliquement la fin de la dictature en regagnant l’Espagne en 1975.

De résistance, il est encore question lorsque s’organisent tant bien que mal à Saragosse le petit « Grupo Pórtico », à Barcelone « Dau al Set » ou à Madrid le « Grupo El Paso ». Du premier émergera notamment Fermín  Aguayo, du second Antoni Tàpies, et du troisième Antonio Saura. Tous ignorent les canons esthétiques imposés par le Caudillo, tous regardent l’ébullition de la scène européenne et tous trouveront des réponses radicales qui fonderont la scène artistique espagnole du siècle en cours.

Parmi eux, Fermín Aguayo (1926-1977), figure solitaire mais emblématique, qui jettera sa jeune et sourde abstraction à la figure du franquisme avant de passer en France en 1952 et de trouver son langage propre dans une figuration tranquille et appuyée à coups de larges effets de brosse. À l’image de son Infante Margarita en rose (1960-1961), qu’il emprunte quelques années après Picasso à celle de Velázquez, pour une version striée et facettée de rose crayeux, éclairée par un rideau de velours pourpre.

Voir

« Espagne, les années sombres, 1945-1960 », musée de Gajac, 2, rue des Jardins, Villeneuve-sur-Lot (47), tél. 05 53 40 48 00, jusqu’au 17 octobre 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°627 du 1 septembre 2010, avec le titre suivant : Peintres résistants en Espagne, sous Franco

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