Vendredi 19 octobre 2018

Art moderne

Paul Signac, ses étés bretons

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 19 juin 2008 - 336 mots

La chose est entendue depuis longtemps : le soleil azuréen tient une place de choix dans la production de Paul Signac (1863-1935) qui, dès 1892, installe ses quartiers d’été sur le littoral tropézien.

C’est là le luxe ineffable d’un artiste aisé que de pouvoir se prescrire quelques étés indiens après ceux, plus tempétueux, passés dans une Bretagne sauvage à écumer ses ports et ses rades, ses balises et ses îles.
Olympia. Tel est le nom éloquent du voilier avec lequel le jeune Paul Signac rafle toutes les médailles en cet été 1891 à Concarneau. Lui, le passionné de bateaux, dont il aime à transcrire le tempérament tantôt souverain et altier, tantôt frivole et léger. Lui, le navigateur confirmé venu dès 1885 défier sur ses terres et sur ses mers l’ancien matelot Gauguin qui règne désormais en gardien de phare sur Pont-Aven. Un cruiser à l’abordage d’un vaisseau pirate, en somme...
Dès lors, aux couleurs saturées et aux formes cloisonnées d’un Gauguin, obsédé et enhardi par une Bretagne âpre et exotique, Signac répond par une éminente précision photographique et une ferveur aussi pointilliste que pointilleuse des couleurs. « Ce qui nous manque, c’est d’oser et d’être logiques » : les aquarelles composées à Saint-Malo, Saint-Cast, Le Conquet ou Paimpol, témoignent toutes d’une investigation méthodique du motif qui, invariablement, finit par parler sous l’œil insistant du peintre.
Celui qui n’est qu’un « jeune chimiste » aux yeux de Gauguin transgresse volontiers la scientificité du néo-impressionnisme et l’inflexibilité de ses préceptes. Aussi les ciels effervescents échappent-ils à cette mathématique de la couleur tandis que les bateaux omniprésents excèdent la peinture de marine comme seul et unique genre. En effet, frégates et thoniers, goélettes et caboteurs semblent vouloir et pouvoir dire la beauté comme la détresse d’un monde de vagues et d’écume, dont ils seraient plus que de simples navires : de stupéfiants portraits.

« La Bretagne de Paul Signac (1863-1935) », musée des Beaux-Arts, place de l’Hôtel-de-Ville, Pont-Aven (29), tél. 02 98 06 14 43, jusqu’au 6 octobre 2008.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°604 du 1 juillet 2008, avec le titre suivant : Paul Signac, ses étés bretons

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