Paris 4e

Paul Delvaux et son théâtre des rêves

Par Dominique Vergnon · L'ŒIL

Le 26 mai 2016

« Je voudrais peindre un tableau dans lequel je pourrais vivre. » Ce souhait que le peintre n’a pas comblé pour lui-même, cette exposition l’exauce au profit du visiteur. Toutes venues de la collection patiemment élaborée par Pierre et Nicole Ghêne, les cinquante œuvres présentées invitent le regard à pénétrer loin dans l’intimité de Paul Delvaux et son existence, partagée depuis l’enfance entre effrois et envies, se dévoile lentement. En théâtralisant ses idées et son style, il est parvenu à se réconcilier avec la vie. L’itinéraire pictural, ordonné en cinq thèmes fondateurs, ouvre grand la scène de ses rêves. Le premier rôle revient à la femme, amie ou rivale, présence énigmatique et sensuelle, toujours muette, les yeux vers un ailleurs inaccessible. Vêtue parfois d’une robe arrêtée à la taille mais le plus souvent nue, elle est au cœur du système delvalien. Dans les lieux clos (Le Divan) comme dans les espaces aux longues perspectives (La Ville), son apparente innocence génère une vraie anxiété. Autour d’elle gravitent les obsessions de l’artiste, le squelette, la colonne antique, le miroir, le tramway, l’astronome.
Proche au début de sa carrière des expressionnistes flamands, influencé par ses compatriotes James Ensor et René Magritte, Delvaux est surtout marqué par Giorgio De Chirico, découvert en 1934. Soucieux de sauvegarder son indépendance, il délaisse cependant le surréalisme et trouve son style propre après 1940. Fidèle à cette facture soignée et minutieuse qui le distingue, Delvaux, comme il le disait simplement, a toujours peint le même tableau. Mais, s’il ne cesse de reprendre ses désirs de subversion des codes, il en renouvelle à l’infini et avec un talent évident le contexte. La couleur bleue choisie pour les cimaises renvoie à la froideur des acteurs et à l’onirisme de cette poésie glacée. À côté d’une peinture qui attire autant qu’elle déstabilise, les œuvres graphiques exposées dans un petit cabinet soulignent la délicatesse et la liberté du trait.

« Paul Delvaux, l’écho du rêve »

« Paul Delvaux, l’écho du rêve »

Centre Wallonie-Bruxelles

127, rue Saint-Martin, Paris-4e

www.cwb.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°691 du 1 juin 2016, avec le titre suivant : Paul Delvaux et son théâtre des rêves

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