Mardi 25 septembre 2018

Patrick Van Caeckenbergh : « taxidermie de la connaissance »

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 1 janvier 2005 - 324 mots

C’est au Carré d’art, à Nîmes qu’il revient d’offrir au discret Van Caeckenbergh une première et large rétrospective française, combinant une centaine d’œuvres, installations, documents, témoignages, bricolages, drôleries mélancoliques et autres réflexions touffues et généreuses tricotées en marge du petit monde de l’art contemporain. De jardin secret et de géographie il est donc question, pour circonscrire un univers embroussaillé, soutenu par une grammaire éclatante de précision et formalisé par un vocabulaire modeste, dont l’artiste flamand émaille joliment son microcosme branchu. Distillant comme un parfum de chemins de terre, de clapiers, de cahiers d’écoliers, de confiture, de bons points, de fable et de monde enchanté, Van Caeckenbergh puise depuis vingt ans déjà dans le registre du répertoire et de l’inventaire renouant avec une mythologie populaire et une imagerie scientifique d’un autre temps. Livres anciens ou presque, reliques, dessins préparatoires, photographies retouchées, suspensions incongrues, voiture d’enfant convertie en « habitacle pour le corps », marmites, chaudrons, ruines, théière en forme d’estomac, long dais soyeux conçu pour une procession, structures organiques et imaginaires, tout est bon pour mijoter et digérer une profusion merveilleuse d’objets de connaissance. L’exposition au Carré d’art témoigne en quelques chapitres bien sentis de ces recherches hybrides, placées sous le signe de la métamorphose. Une taxidermie de la connaissance désuète et fantaisiste qui condense finalement une philosophie de l’existence moins ludique et nostalgique qu’il n’y paraît, formidablement vivante, soucieuse de nouer culture populaire et méthodes savantes, d’effleurer le liensocial. Soucieuse encore de rappeler la précarité et la vanité de toute entreprise d’ordonnancement et de domestication de l’univers. Soucieuse enfin de contredire toute évidence et de prendre le temps d’être attentif au monde, à condition de s’en retirer.

« Patrick Van Caeckenbergh, Atlas des idéations – Les jardins clos », NÎMES (31), Carré d’art, place de la Maison carrée, tél. 04 66 76 35 70, 27 janvier-17 avril . Galerie & : in situ, PARIS, 10 rue Duchefdelaville, XIIIe, tél. 01 53 79 06 12, 8 janvier-26 février.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°565 du 1 janvier 2005, avec le titre suivant : Patrick Van Caeckenbergh : « taxidermie de la connaissance »

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