Jeudi 13 décembre 2018

Passions privées aux yeux du public

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 26 août 2009 - 380 mots

Qui ne s’est jamais demandé, observant leurs fenêtres éclairées dans la nuit, quelles splendeurs peuvent receler ces vastes appartements entraperçus furtivement depuis la rue ?

Qui n’a jamais souhaité franchir le seuil de ces immenses villas silencieuses pour essayer d’en percer les prétendus mystères ? Qui n’a pas une seule fois essayé de deviner virtuellement l’envers du décor, le dessous des cartes ? Qui ne s’est jamais rêvé passe-murailles pour que s’effacent les façades et s’ouvrent ces intimités anonymes ? Le curieux impénitent et l’amateur d’art peuvent aujourd’hui avoir accès à ces peintures et sculptures que de larges grilles ou d’épais rideaux dérobent traditionnellement au regard, parfois à l’envie.
À Lausanne, la fondation de l’Hermitage fête son vingt-cinquième anniversaire en réunissant des œuvres intégralement issues de collections privées suisses. Manière de rendre hommage à celles et ceux qui ont contribué à promouvoir et à exposer l’art des xixe et xxe siècles. Manière de célébrer ces propriétaires dont les libéralités ont permis, en un quart de siècle, de faire de la fondation lausannoise un épicentre de la vie culturelle européenne. De Cézanne à Rothko, de l’impressionnisme à l’expressionnisme abstrait, les trésors dévoilés dressent un panorama remarquable de la création artistique et du collectionnisme helvétique.
On connaît de la Suisse son goût du secret et sa réputation d’inviolabilité. Aussi, cette admirable anthologie ne renonce pas aux clauses de la confidentialité, bien au contraire : la mention « collection privée » est d’ailleurs le seul dénominateur commun des quatre-vingt-treize cartels. Mais l’exposition illustre parfaitement les coulisses de l’art et – c’est le titre de l’exposition – l’ardeur de ces « passions partagées ». Et qu’est-ce qu’un « prêt » sinon une façon généreuse de se dessaisir un temps d’une œuvre pour l’offrir à la délectation collective et à l’étude scientifique ?
Devant le Paysage à l’Estaque de Georges Braque (1906) et Mainly Blue (1955) de Sam Francis, le spectateur jouira de ces chefs-d’œuvre souvent tenus secrets. Puis, comprenant qu’il s’agit là de la partie émergée d’un merveilleux iceberg, il ne regardera jamais plus comme avant ces fenêtres éclairées et ces villas silencieuses.

« Passions partagées. De Cézanne à Rothko. Chefs-d’œuvre du xxe siècle dans les collections privées suisses », fondation de l’Hermitage, 2, route du Signal, Lausanne (Suisse), www.fondation-hermitage.ch, jusqu’au 25 octobre 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°616 du 1 septembre 2009, avec le titre suivant : Passions privées aux yeux du public

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