Mardi 22 septembre 2020

À Paris : un Picasso sculpteur accompli

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 18 avril 2016 - 339 mots

Si, encouragé par son père, Picasso (1881-1973) a reçu en Espagne une formation de peintre et non de sculpteur, l’artiste réalise relativement tôt, à l’âge de 21 ans, sa première œuvre en trois dimensions : Femme assise (1902).

Cette œuvre, d’inspiration naturaliste un peu grossière, n’annonce pas l’intérêt que Picasso portera, jusqu’en 1964, à ce médium, ni la manière dont il en révolutionnera l’histoire. Ce que vient de rappeler la magnifique exposition « Picasso sculpture », au MoMA, laquelle, au long de ses onze salles et 141 numéros, retraçait le fil chronologique de cette histoire. Tout y était, découpé en périodes, des sculptures de jeunesse, dont Le Fou (1905), jusqu’à la dernière Maquette for Richard J. Daley Center Sculpture (1964). Magistrale, cette exposition a pris ses quartiers en mars au Musée national Picasso-Paris, coproducteur de l’événement. Si la version présentée est certes plus réduite que celle de New York, elle a été aussi intégralement repensée. Quand l’exposition du MoMA montrait, dans une rare démonstration de force, tout ce que Picasso avait apporté à la sculpture, celle de Paris dévoile les différentes étapes du travail du sculpteur. Quand, à New York, le visiteur pouvait imaginer Picasso en génial démiurge capable de voir dans l’association d’une selle et d’un guidon de bicyclette une Tête de taureau révolutionnaire (1942), le visiteur parisien pénètre dans le lent et patient travail d’élaboration que requiert la sculpture : le plâtre et ses fontes, rehaussés de peinture ou non, les maquettes pour les œuvres monumentales, etc. Car, s’il trouve bel et bien, Picasso cherche ; et il cherche laborieusement, comme en témoignent les six versions du Verre d’absinthe (1914), bronzes peints à l’huile ou recouverts de sable, tous originaux.

Les plâtres de fonderie de l’iconique Tête de femme (Fernande) de 1909, sculpture d’inspiration cubiste, placés à côté des bronzes réalisés pour Ambroise Vollard et celui sorti, en 1959-1960, de la Fonderie Valsuani, avec sa patine d’un noir charbonneux, révèlent que si Picasso aborda la sculpture en autodidacte, il ne fut pas moins un vrai sculpteur accompli.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°690 du 1 mai 2016, avec le titre suivant : À Paris : un Picasso sculpteur accompli

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