Dimanche 1 novembre 2020

Collection

XIXe - XXe

Paris-Tokyo, retour à l’envoyeur

Par Itzhak Goldberg · Le Journal des Arts

Le 24 mai 2017 - 413 mots

La collection du Musée Bridgestone à l’Orangerie témoigne de l’intérêt des Japonais pour l’art notamment français.

PARIS - Le succès des expositions « exportées » par les musées français au Japon avec les impressionnistes en tête d’affiche est indéniable. La manifestation au Musée de l’Orangerie, baptisée un peu exagérément « Tokyo-Paris », est néanmoins une belle démonstration de l’intérêt que portent les Japonais à ce mouvement depuis déjà les années 1930. Le parcours cherche à mettre en évidence la qualité des œuvres, mais en même temps, en se plaçant entre l’histoire de l’art et la sociologie, à suivre l’évolution du goût japonais au début de la modernité.

Les œuvres réunies ici proviennent du Bridgestone Museum of Art de Tokyo, inauguré en 1952, qui abrite la collection Ishibashi. Comme la quasi-totalité des musées japonais, il a été fondé à partir d’une collection privée, celle de Shôjirô Ishibashi, président de l’entreprise de pneumatiques Bridgestone. La particularité de ce mécène est d’être fasciné par l’art occidental, essentiellement français, qu’il acquiert dès la fin des années 1930. Cependant, l’homme n’est pas totalement un cas à part ; il est le produit typique de ce que l’on nomme l’ère Meiji, une période qui voit le Japon se moderniser et s’ouvrir au monde. En toute logique, avec cette globalisation avant la lettre, les artistes privilégiés par les collectionneurs sont pratiquement les mêmes, à quelques années de décalage, que ceux réunis à l’Orangerie.

En vrac, sont présentés les réalistes avec Daumier et Courbet, les impressionnistes avec plusieurs Monet, Sisley, Pissarro ou Renoir, mais aussi un étonnant Caillebotte, rarement montré, Jeune homme au piano (1876). Mentionnons encore les très beaux Manet,  Cézanne et surtout les Soutine. La liste des œuvres ne s’arrête pas là, car la dynastie Ishibashi se prolonge avec les héritiers de Shôjirô, qui s’intéressent à l’abstraction d’après-guerre (Hartung, Soulages…). Particulièrement frappant est le face-à-face entre la gestualité de Pollock et celle de Kazuo Shiraga, le chef de file du groupe d’avant-garde japonais Gutaï.

Terminons avec la salle consacrée aux artistes japonais qui, au début du XXe siècle, introduisent dans leur peinture des techniques occidentales. Si l’impact des estampes et de la céramique, importées du Japon en Europe dès la seconde partie du XIXe siècle, fut maintes fois étudié, ­on connaît nettement moins en revanche les artistes japonais qui se sont imprégnés de l’art européen. Mais, si ces peintres – Shigeru Aoki, Takeji Fujishima, Hanjirô Sakamoto – ont une place importante dans le panthéon artistique japonais, leurs toiles, réalisées en un style symboliste un peu désuet, peuvent dérouter le spectateur.

Tokyo-Paris, Chefs d’œuvre du Bridgestone Museum of Art
Jusqu’au 21 août, Musée de l’Orangerie, 75001 Paris.

Légende Photo
Takeji Fujishima, Éventail noir, 1908-1909, huile sur toile, 63,7 x 42,4 cm, Bridgestone Museum of Art, Tokyo. © Bridgestone Museum of Art, Ishibashi Foundation.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°480 du 26 mai 2017, avec le titre suivant : Paris-Tokyo, retour à l’envoyeur

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