Samedi 29 février 2020

Lewarde (59)

Papiers d’art industriel

Musée de la mine du Nord/Pas-de-Calais jusqu’au 31 décembre 2015

Par Dominique Vergnon · L'ŒIL

Le 22 octobre 2015 - 304 mots

À 9 ans, John P. Eckblad découvre le monde industriel. Cette rencontre oriente sa vie. Il consacre son travail quotidien aux usines qu’il voit en plus à travers le prisme de l’affection.

Depuis quarante ans, en marge de son activité de consultant, il collectionne les regards que les artistes portent sur l’univers de la production et de l’économie et se passionne pour la façon dont ils interprètent ses mutations. Il possède quelque sept cent cinquante gravures, lithographies, affiches, aquatintes, dessins, acquis au gré des voyages ou aux enchères. Trois siècles d’évolutions techniques sont ainsi fixés sur le papier. Toujours réalistes, les cinquante-trois vues accrochées dans ce lieu emblématique de l’aventure minière se centrent sur la trilogie charbon, fer, vapeur, fondatrice de la révolution industrielle. Elles racontent par la plume de Thomas Allom les premiers hauts fourneaux élevés vers 1804, les manufactures envahissant la campagne (lithographie monumentale de Bonhommé, 1857), la pollution des cités comme Sheffield (saisissante eau-forte de Joseph Pennell), l’enfer mécanique (Making the Engine de C. Nevinson, 1917). Doré, Pissarro, Steinlen, Luce, chacun excelle à rendre à la fois superbes et menaçants les signes de la modernité : machines rugissantes, voies ferrées coupant les paysages, fumées dans le ciel. Leur approche esthétique est commune, accentuer les contrastes entre la force matérielle et la fragilité humaine. Héros des mines, les « gueules noires » chères à Constantin Meunier dont le crayon sculpte les visages sont le symbole d’une prospérité qui a aussi son revers. Sur une grande litho dédicacée personnellement à John P. Eckblad, le trait incisif et sensible de Jean Baptiste Sécheret montre comment une entreprise devient un colossal bloc aveugle. Présentée sur des cimaises uniformément de couleur noire mettant en valeur la précision graphique des œuvres, cette exposition, chronologique et thématique, interroge le visiteur sur les subtils rapports de l’art avec l’industrie. 

« Au cœur du progrès, œuvres graphiques de la collection John P. Eckblad »

Musée de la mine du Nord/Pas-de-Calais, Centre historique minier, Fosse Delloye, Lewarde (59), www.chm-lewarde.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°684 du 1 novembre 2015, avec le titre suivant : Papiers d’art industriel

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque