musée

Panorama du « tableau vivant »

L'ŒIL

Le 30 janvier 2008

La Kunsthalle de Vienne présente actuellement une exposition intitulée : « Tableaux vivants et attitudes en photographie, films et vidéo ». Amorcée par les œuvres des photographes du XIXe, Julia Margaret Cameron et David Wilkie Wynfield, la part essentielle est accordée à des productions récentes. Sans être la première exposition sur ce sujet, c’est néanmoins la première fois que ce thème est abordé dans sa continuité historique. L’histoire du tableau vivant est toutefois bien antérieure au XIXe siècle. On en trouve déjà les traces dans les processions et dans les mises en scène liturgiques du Moyen Age, dans les fêtes de la Renaissance, mais c’est surtout au milieu du XVIIIe que le tableau vivant et les formes qui s’y apparentent (les fameuses Attitudes de Lady Hamilton), deviennent des divertissements prisés dans les milieux de l’aristocratie et la grande bourgeoisie. Le tableau vivant a toujours consisté à rejouer au présent des formes artistiques, des scènes historiques, religieuses, mythologiques, du passé proche ou lointain. A l’évidence, l’exposition ne se borne pas à présenter le tableau vivant comme stricte pratique imitative, mais l’aborde en tant que médium, variant en fonction des enjeux véhiculés dans les œuvres selon les époques. Après un détour par les avant-gardes (Duchamp, Man Ray, Claude Cahun, Gertrud Arndt), une grande part de l’exposition s’attarde logiquement sur les années 60 et 70. A mesure que s’atténuent les frontières entre l’art et la vie, que le corps se fait matériau, le tableau vivant s’incarne dans les performances. A ce titre, figurent bien sûr des artistes comme Manzoni ou Gilbert & Georges, exploitant dans les deux cas l’idée de « sculpture vivante ». Induisant une mise en scène du corps, de l’identité, le tableau vivant séduit aussi les artistes féministes : Hannah Wilke, Valie Export, Eleanor Antin. Enfin, l’exposition montre que le
post-modernisme, tout particulièrement, s’est emparé du médium. Idéal pour un art qui se retourne sur sa propre histoire, le tableau vivant s’y trouve largement décliné. D’une part dans ce que l’on appelle la « performance photographique » des années 90, à l’instar du travail de Cindy Sherman, de Yasumasa Morimura ; d’autre part, à travers les œuvres de jeunes artistes articulant photographies, vidéos, performances ou films : Liza May Post, Matt Collishaw, Tom Hunter, Aernout Mik, Jonathan Horowitz, De Rijke et De Rooij. Utilisant les composantes intrinsèques du tableau vivant : silence, immobilité, temps suspendu, ces œuvres tendent souvent à signifier les angoisses, l’absurdité, les dysfonctionnements des sociétés modernes.

- VIENNE, Kunsthalle, Museumplatz 1, tél. 431 521 89 33, 24 mai-25 août.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°537 du 1 juin 2002, avec le titre suivant : Panorama du « tableau vivant »

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