Ousmane Sow et ses enfants d'Afrique

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 28 août 2007

Les jeunes artistes sénégalais l’appellent affectueusement «”¯le père”¯». Ousmane Sow, né à Dakar en 1935, expose pour la première fois en 1987. Douze ans plus tard, plus de trois millions de visiteurs se pressent sur le pont des Arts, à Paris, pour admirer la stupéfiante bataille de Little Big Horn.

Les guerriers sioux et cheyennes remportent leur ultime victoire contre la cavalerie du général Custer. Ousmane Sow apparaît alors comme la figure emblématique d’une nouvelle sculpture africaine contemporaine, aussi éloignée de la sculpture africaine traditionnelle que des canons de l’art occidental. Ousmane Sow grand scénographe – chaque figure fait sens dans sa relation particulière avec les autres figures – invente une autre façon de regarder et de donner une forme au corps animal ou humain. La matière organique : magma terreux où affleure la paille, fragments de tissus, donnent à ses êtres une présence archaïque étonnamment physique. Chaque visage singulier renvoie à deux qualités habituellement contradictoires : une tension charnelle, rude, et une évidente gravité ou spiritualité, toujours émouvante, jamais anecdotique.

L’exposition « Terre noire » réunit autour d’Ousmane Sow des sculptures de vingt-cinq artistes africains contemporains. Les centaines de têtes de poupées enserrées dans un treillis métallique de la Maternité de Ndary Lo, sénégalais, font écho aux altières femmes de Sokari Douglas Camp, nigérienne. Tous deux savent rassembler dans une même œuvre l’élégance, l’amour et les larmes, en écho aux forces parfois brutales et aux interrogations de ce continent en devenir.
Au contraire, le Congolais Bodys Isek Kingelez, avec sa maquette Sète en 3009, totalement fantaisiste, imagine une ville où les formes et les couleurs des immeubles seraient choisies hors de toute finalité fonctionnelle.
Parcourant l’exposition, trois sensations viennent à l’esprit : puissant, surprenant, humain.

« Terre noire, Ousmane Sow et les tendances de la sculpture africaine aujourd’hui »

Musée départemental Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye (78), tél. 01 39 73 77 87, www.musee-mauricedenis.fr, jusqu’au 30 septembre 2007.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°594 du 1 septembre 2007, avec le titre suivant : Ousmane Sow et ses enfants d'Afrique

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