Mardi 17 septembre 2019

Thonon-les-Bains (74)

Opalka avant Opalka

Jusqu’au 2 octobre 2011

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 24 août 2011 - 312 mots

Cinquante ans que Roman Opalka a pris la décision, nombre entier après nombre entier, d’enregistrer en peinture la nature irréversible du temps qui passe. Quarante ans qu’il ajoute 1 % de blanc au fond gris de ses toiles. Quarante ans qu’il conclut chaque « détail » par un autoportrait. Quarante ans que s’accumulent le temps et les « détails » d’un programme aux accents faustiens. « J’ai engagé la mort, cette conne, à travailler, pour avoir une définition de l’achèvement d’une œuvre, soutient Opalka. Elle a été là dès le départ, lorsque j’ai posé le nombre 1. » La légende raconte que le contrat fut passé un jour de 1965 dans un café de Varsovie, alors que le jeune peintre et lithographe attendait sa compagne, en retard. Temps perdu devenu peinture et naissance d’un programme qui ne prenait sens qu’une fois envisagé pour la durée d’une existence. 

Mais la double exposition de Thonon-les-Bains corrige un brin la mythologie et élucide finement la décision d’une vie en présentant quelques œuvres jamais montrées de sa jeunesse polonaise : gouaches abstraites, eaux-fortes, petits dessins figuratifs, répétitions de motifs serrés au bord du monochrome, comme cette gravure du peuple marchant sur des monceaux de cadavres, rouge sur fond rouge. Point déjà dans ce travail de jeunesse une unité métaphysique du temps, dans les pas du peintre et théoricien de l’Unisme Wladyslaw Strzeminsky (1893-1952), mais ces œuvres-là goûtent encore au réversible. Et c’est bien à OPALKA 1965/1-∞ que reviendra la libération de toute contingence historique. Désormais chaque nombre compte tous les autres. Y compris le dernier peint peu avant la mort d’Opalka, le 6 août 2011.

Voir

« Opalka, le vertige de l’infini »
Chapelle de la Visitation, espace d’art contemporain, 25, rue des Granges, et galerie de l’Étrave, espace Maurice Novarina, 4 bis, rue d’ Évian, Thonon-les-Bains (74), tél. 04 50 70 69 49, jusqu’au 2 octobre 2011.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°638 du 1 septembre 2011, avec le titre suivant : Opalka avant Opalka

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