Dimanche 18 novembre 2018

Ode à l’abstraction

L’artiste tchèque Kupka célébré à Lausanne

Le Journal des Arts

Le 29 août 2003 - 701 mots

Poursuivant son exploration historique de l’art du XXe siècle, la Fondation de l’Hermitage à Lausanne (Suisse) offre ses cimaises au vaste ensemble d’œuvres de Frantisek Kupka conservé par le Centre Pompidou. Plus d’une centaine de peintures et de dessins retracent la carrière de l’artiste tchèque, pionnier de l’art abstrait avec Kandinsky, Mondrian ou Delaunay.

LAUSANNE - Poursuivant sa politique d’exposition “hors les murs”, le Musée national d’art moderne (MNAM), à Paris, se défait le temps d’une rétrospective d’une centaine de peintures, pastels, dessins et gravures de l’artiste tchèque Frantisek Kupka (1871-1957). Après le Liechtenstein et avant Strasbourg, Montpellier et Münster, c’est en Suisse, à la Fondation de l’Hermitage (Lausanne), qu’est présentée une sélection de ce fonds, le plus important au monde en nombre mais aussi en qualité. Dès 1936, l’État français se portait en effet acquéreur de peintures de l’artiste, parmi lesquelles Plans verticaux I (1912), première toile entièrement abstraite à rejoindre le patrimoine national. Suivirent plusieurs acquisitions majeures, notamment avec l’entrée dans les collections françaises de dix-huit œuvres à la mort de Kupka en 1957. Le fonds ne serait cependant ce qu’il est sans la générosité de la veuve du peintre, qui fit don à l’État en 1963 de quelque 139 œuvres de son mari. Comptant au total 170 pièces, ce panel plus important et significatif que celui de la Narodni Galerie à Prague permet de retracer toutes les étapes de la carrière du peintre. Les cimaises de la Fondation de l’Hermitage se prêtent avec bonheur à un tel panorama, mis en valeur par un accrochage aéré.
Originaire de Opocno en Bohême, Kupka reçoit une solide formation académique à l’École des beaux-arts de Prague puis à celle de Vienne, avant de s’installer à Paris en 1896. Les débuts de ce contemporain de Klimt sont évoqués par des gravures symbolistes (Les Nénuphars, ou Le Commencement de la vie, 1900) et des tableaux à l’esthétique très 1900, à l’image du Portrait de Mme Kupka (1905). Mais très vite, les recherches de Kupka se placent sous le signe de la simplification formelle et de la construction par la couleur. Ses figures se teintent d’ombres colorées (Soleil d’automne, 1905), se dissolvent dans le milieu environnant (L’Eau, ou La Baigneuse, 1906-1909) ou se chargent d’empâtements et de touches de couleurs pures, à la manière des expressionnistes allemands (L’Archaïque, 1910) et des fauves (La Gamme jaune, 1907). Ce cheminement vers l’abstraction apparaît avec force dans la salle des pastels, où l’on observe la disparition progressive du motif (une femme cueillant des fleurs) à travers l’étude de la décomposition du mouvement – une expérience qui doit beaucoup à la chronophotographie de Marey et qui anticipe les recherches des futuristes italiens. Ce tournant décisif dans l’art de Kupka culmine avec Plans par couleurs (1910-1911), où sont introduites les premières divisions verticales annonçant l’espace-plan de la peinture moderne. Il faut cependant attendre 1912 pour que l’abstraction l’emporte définitivement sur la figuration, avec la série des Plans et des Ordonnances sur verticales. Ces agencements de bandes colorées à la signification cosmique – Kupka était féru de théosophie –, puis de disques à la manière de Delaunay, laissent place autour des années 1920 à des compositions exubérantes, bouillonnement de formes organiques renvoyant à l’idée de germination et de fertilité (Contes de pistils et d’étamines n° 1, 1919-1923). Cette variété formelle se retrouve dans la série de gravures Quatre histoires de blanc et noir (1926), où se succèdent des enchevêtrements de formes organiques et géométriques. Le fonds du MNAM met également en lumière l’intérêt de l’artiste pour le machinisme (Machine comique, 1927-1928) et le jazz (Bock syncopé n° 1, 1928) à la fin des années 1920. Les salles récemment ouvertes au sous-sol de la Fondation permettent un vaste déploiement de ces œuvres ainsi que de celles de la dernière période. À partir de 1950, l’artiste s’oriente vers une stricte orthogonalité proche de Mondrian (Trois bleus et trois rouges, 1957), aboutissement de ses recherches sur l’abstraction.

FRANTISEK KUPKA, LA COLLECTION DU CENTRE POMPIDOU, MUSÉE NATIONAL D’ART MODERNE

Jusqu’au 12 octobre, Fondation de l’Hermitage, 2 route du Signal, Lausanne, Suisse, tél. 41 21 320 50 01, tlj sauf lundi 10h-18h, jeudi jusqu’à 21 heures. Catalogue éd. du Centre Pompidou, 240 p., 170 ill., 33,50 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°175 du 29 août 2003, avec le titre suivant : Ode à l’abstraction

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