Nourri de scènes antiques et sacrées, Stella propose un classicisme à la modernité étonnante

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 1 décembre 2006

L’exposition lyonnaise, la première consacrée au peintre Jacques Stella, permet de redonner à son parcours une cohérence qui s’articule autour de la notion de « classicisme » ou, selon, d’« atticisme ». Néanmoins, bien que le spectateur attentif soit tenté de percevoir chez l’artiste un langage unifié, présidé par la rigueur de la composition et la science des couleurs, il doit rapidement convenir de la diversité sous-jacente qui hante chacune de ses œuvres.
Aussi la production de Stella, regardeur insatiable et collectionneur patenté, ne cessa-t-elle de s’alimenter au contact d’autres artistes et de milieux divers. À tel point que nombre de ses toiles, notamment italiennes, connurent plusieurs paternités successives. Stella ou l’art de la règle que ne confirmeraient que des exceptions ?

Des sujets bibliques traditionnels
Le classicisme privilégia les sujets sacrés et mythologiques en tant que garants d’un ordre établi, fondé sur le fantasme d’une cohérence historique. Jacques Stella se plia donc à une tradition dont il fut un passeur tout comme un protagoniste majeur, insufflant à l’art des solutions que son parcours lui suggéra. Bethsabée recevant le message de David, vers 1634, est exemplaire.
Jacques Stella représente deux ou trois moments successifs : David épiant de la terrasse l’épouse du général Urie se baignant et dont, épris, il aura bientôt un fils, Salomon ; la remise de la lettre informant celle-ci de la mort de son mari à laquelle fait écho le départ de l’armée.
La rigueur de l’architecture scande la toile tandis que les personnages, distribués savamment et animés de gestes aussi lisibles qu’éloquents, sont des prétextes pour traiter les nus et les drapés qui sont autant de citations, parfois littérales, de l’Antiquité.

Des influences classiques multiples
Toutefois, cette apparente codification saturée laisse percer des influences multiples et roboratives. Le Jugement de Salomon, mettant en scène deux prétendues mères se déchirant pour un seul enfant, témoigne là encore d’une assimilation de l’Antiquité mais aussi d’ascendances variées.
Synthétique, l’œuvre est syncrétique puisque nourrie de La Calomnie d’Apelle de Botticelli, de l’autorité linéaire du Dominiquin ou de la leçon de Poussin à qui revint un temps cette toile dont la composition remarquable, en frise et latérale, sert parfaitement l’intensité dramatique de l’épisode.
Le décryptage de ce classicisme, plébiscité en France et précocement formé en Italie, permettra de réévaluer la modernité d’un Jacques Stella qui, ayant consenti aux codes en vigueur, sut merveilleusement déjouer leur répétition coercitive et, avec, notre jugement actuel, étourdi et fasciné.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°586 du 1 décembre 2006, avec le titre suivant : Nourri de scènes antiques et sacrées, Stella propose un classicisme à la modernité étonnante

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