Dimanche 25 février 2018

Tati

Notre oncle à tous

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 28 avril 2009

La Cinémathèque française rend un joyeux hommage au monde burlesque et poétique du cinéaste.

PARIS - « Promenez vous comme Tati s’est promené, en équipage ou plutôt seul, jouez à faire l’idiot, mettez vos pas dans les pas d’Hulot, ayez 8 ans, 10 ans, avancez si possible un peu penché en avant, sur la pointe des pieds, évitez la ligne droite, visez le jeu de jambe élastique, la tête inclinée, imitez l’artiste. » Pour l’exposition qu’elle a conçue avec Stéphane Goudet à la Cinémathèque française, Macha Makeïeff ne cache pas son enthousiasme. Depuis 2000, la metteuse en scène, célèbre pour avoir créé Les Deschiens sur Canal , travaille à la promotion de l’œuvre de Tati à travers l’association Les Films de Mon Oncle, créée avec son compère Jérôme Deschamps et Sophie Tatischeff, fille du cinéaste. Lorsqu’elle a eu l’idée d’une exposition sur Tati, Serge Toubiana, directeur de la Cinémathèque française, a sauté sur l’occasion. « Comment ne pas aimer Tati ? (…) Tati, c’est notre oncle à nous, celui qu’on n’a pas eu, l’excentrique de la famille », note Serge Toubiana en préambule au catalogue paru à cette occasion. Et de conclure : « Exposer Tati à la Cinémathèque française relève de l’évidence. »
Macha Makeïeff et Stéphane Goudet ont imaginé une scénographie étourdissante, digne du monde burlesque et poétique de Tati où se mêlent, dans une joyeuse cacophonie, documents d’archives et photographies d’époque, affiches, plans, croquis et carnets, mobilier des années 50 et pièces de design, extraits de films et créations contemporaines. Les commissaires avaient le « désir de plonger le visiteur, au risque de l’égarement, dans l’univers visuel et sonore de Jacques Tati ». Objectif atteint – la visite se fait le sourire aux lèvres. Aux côtés du cinéaste disparu voilà vingt-sept ans, on retrouve son ami le peintre Jacques Lagrange, conseiller artistique et coscénariste des Vacances de Monsieur Hulot (1953), de Mon Oncle (1958), Playtime (1967), Trafic (1971) et Parade (1974) ; Pierre étaix, dessinateur et assistant réalisateur sur le tournage de Mon Oncle ; Sempé ; Henri Cartier-Bresson ; ainsi que des artistes tels que Dufy, Tinguely ou César – ce dernier fait une apparition dans Les Vacances de Monsieur Hulot. Les créations de Dan Graham, Pierrick Sorin et du compositeur Pierre Henry font elles aussi écho à l’œuvre de Tati. De nombreux témoignages relatent l’aventure de Playtime, tourné dans un immense décor de béton, de verre et d’acier construit près de Vincennes entre 1964 et 1965. étalé de 1964 à 1967, le tournage dépassa dix fois le budget initial, obligeant Tati à liquider sa société de production. Malgré les appels du cinéaste à Malraux, ce décor a malheureusement été détruit… Face aux dérives de l’architecture des années 1950, Tati avait eu cette phrase : « Je crois que l’on devrait faire passer [aux architectes] non seulement un permis de construire, mais également un permis d’habiter. » Emblème de l’absurdité du monde moderne et bourgeois, la loufoque Villa Arpel imaginée pour Mon Oncle et actuellement reconstituée au CentQuatre occupe une place de choix dans ce parcours qui se veut aussi pédagogique. Elle souligne enfin les innovations techniques apportées par Tati au septième art. Le tour de piste s’achève avec Parade et Les Vacances de Monsieur Hulot à travers divers accessoires de films. Comme disait le cinéaste en 1959, « Hulot c’est un peu moi, mais c’est aussi un peu vous tous ».

JACQUES TATI, jusqu’au 2 août, La Cinémathèque française-Musée du cinéma, 51, rue de Bercy, 75012 Paris, tél. 01 71 19 33 33/66, tlj sauf mardi, 12h-19h et 22h le jeudi, 10h-20h le dimanche. Cat., éditions Naïve, 304 p., 45 euros.
à voir jusqu’au 3 mai : La Villa Arpel au 104 !, reconstitution de la villa imaginée pour Mon Oncle au CentQuatre, 104, rue d’Aubervilliers, 75019 Paris, tlj sauf lundi, 11h-21h et jusqu’à 23h vendredi et samedi, www.104.fr

JACQUES TATI
Commissaires : Stéphane Goudet, critique de cinéma, enseignant à Paris I et directeur du cinéma Le Méliès à Montreuil, et Macha Makeïeff, metteur en scène de théâtre et auteur
Superficie : 650 m2

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°302 du 2 mai 2009, avec le titre suivant : Notre oncle à tous

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