Vendredi 19 juillet 2019

Photographie

Notre choix parmi les expos photos des Rencontres d’Arles

Par Christine Coste · L'ŒIL

Le 27 juin 2019 - 1152 mots

Pour leurs 50 ans, les Rencontres de la photographie programment pas moins de 51 expositions. Une avalanche de propositions qui nécessite de faire des choix dans la sélection officielle. Suggestions pour les mener au mieux.

Les habitués des Rencontres d’Arles ont leurs repères. Ceux qui viennent pour la première fois prennent rapidement leurs marques. Se rendre d’un lieu d’exposition à un autre se fait aisément à pied. La programmation investit par ailleurs quelques-uns des plus beaux sites de la ville. Toutefois, les cinquante et une expositions proposées cette année pour célébrer les cinquante ans du festival induit plus que jamais de faire des choix, d’autant plus que certaines propositions sont comparables à de véritables monographies muséales. Depuis la nomination de Sam Stourdzé à la direction des Rencontres, il y a cinq ans, deux jours pleins ne suffisent plus à découvrir l’ensemble de la programmation. Faire des choix, établir son propre parcours dépend des appétences et de la curiosité de chacun, comme de la connaissance des sites du festival.

Un havre de photographies

Le cloître Saint-Trophime est ainsi un véritable havre de paix au milieu de la ville. Présenté en ces lieux, le voyage en 1941 de Germaine Krull et Rémy Assayas (dit Jacques Rémy) convoque un autre récit captif. La célèbre photographe allemande en partance pour les États-Unis relate en images la vie à bord du Capitaine-Paul-Lemerle qui transporta, de Marseille à Rio, André Breton, Jacqueline Lamba, Claude Lévi-Strauss, Wifredo Lam et Anna Seghers. On ne connaissait que quelques images de cet exode vers les États-Unis. La découverte de l’ensemble des images chez Rémy Assayas donne, pour la première fois, une vision plus précise que livrent aujourd’hui son fils, le réalisateur Olivier Assayas, et l’écrivain Adrien Bosc, auteur d’un ouvrage sur cette traversée, intitulé Capitaine [éditions Stock]. Au dernier étage du cloître, les migrations contemporaines abordées par le jeune Émeric Lhuisset, lauréat 2018 de la Résidence BMW, développent une tout autre écriture visuelle, mélange de techniques anciennes et innovantes. Le propos lui-même sur le sujet est bien loin de l’approche de l’exil de Germaine Krull.

Face au cloître Saint-Trophime, le palais de l’Archevêché convoque une autre période de l’histoire : celle de la Movida, mouvement culturel et artistique qui, de 1978 à 1988, a fait souffler un vent de subversion et de liberté sur la création artistique de l’Espagne, et notamment photographique, après des décennies de dictature franquiste. Les Rencontres d’Arles ont d’ailleurs choisi pour illustrer l’affiche de leur cinquantième anniversaire l’un des photos-montages joyeux et acidulés d’Ouka Leele, dont les quelques images choisies de cette période dialoguent à merveille avec celles d’Alberto García-Alix, Pablo Pérez-Minguez et Miguel Trillo. Passer ensuite sous le porche de la mairie attenante au palais, et traverser son majestueux hall du XVIIe, permet de gagner directement la rue de la Calade et la salle Henri Comte investie par la série percutante de Tom Wood sur Liverpool, réalisée de 1970 à la fin des années 1990.

Les femmes photographes

Ailleurs, les expositions personnelles réservent d’autres temps forts de ces Rencontres. Retenons les expositions de Mohamed Bourouissa, au premier étage du Monoprix, et celle de Philippe Chancel, à l’église des Frères Prêcheurs cadre de Datazone, investigation fine et profonde menée au cours de ces quinze dernières années sur les revers urbanistiques, sociétaux et écologiques de nos sociétés dites modernes. À l’espace Van Gogh, les femmes photographes sont particulièrement mises à l’honneur avec, en premier lieu, une monographie d’Helen Levitt coproduite par les Rencontres et l’Albertina de Vienne. De leurs côtés, Eve Arnold, Abigail Heyman et Susan Meiselas rappellent le grand talent de ces figures historiques de l’agence Magnum – laquelle, jusqu’à une période récente, ne comptait qu’une maigre poignée de femmes parmi ses membres.

Au Parc des Ateliers, propriété de la Fondation Luma, le focus sur le travail de Marina Gadonneix et la dernière série de Valérie Belin ne laisse pas davantage indifférents. Trois autres expositions de ce bout de territoire arlésien méritent de prendre son temps : « La photographie est-allemande des années 1980-1989 », les réflexions faites à partir de la collection de Bruno Decharme sur le concept de photographie brute et les cinquante livres choisis dans la bibliothèque de Martin Parr acquise en 2017 par la Tate grâce au financement de la Fondation Luma.

De l’autre côté du boulevard, l’École nationale supérieure de la photographie dévoile, sur son nouveau bâtiment conçu par Marc Barani. Inaugurée début juillet, la construction ouvre de très beaux volumes et sur une exposition préparée par un groupe d’élèves de l’école autour de la collection agnès b, fidèle soutien de l’établissement.

Espaces (non) climatisés

Les habitués du festival savent, cependant, que les jours de canicule mieux vaut réserver sa matinée aux sites non climatisés, comme l’ancien garage dit Croisière situé à proximité du Parc des Ateliers, ou à Ground control, l’ancien site de la SNCF situé quant à lui à deux pas de la gare ferroviaire. Depuis deux ans, cet espace est réservé à la présentation de dix travaux de photographes représentés chacun par une galerie concourant pour le prix Découverte Louis Roederer. Cette année encore, cette section réservée à de jeunes auteurs réunit des créations de qualité, inédites ou méconnues, comme celles de David de Beyter représenté par la Galerie Cédric Bacqueville ou de Laure Tiberghien proposée par Lumière des Roses, galerie montreuilloise que l’on retrouve à Croisière, mais là dans un autre registre, pour un focus sur la zone parisienne construit à partir de photographies d’époque, anonymes ou non. C’est dans les espaces de Croisière que Sam Stourdzé a par ailleurs choisi d’évoquer les premiers pas des Rencontres en reconstituant l’exposition Edward Weston que Lucien Clergue, grand admirateur de son œuvre, programma lors de la première édition, en 1970. La mise en dialogue du travail de l’un et de l’autre ramène à l’influence du photographe américain, tandis qu’à l’église des Trinitaires se résument cinquante années de festival à travers la collection des Rencontres. Si l’appréhension de cette histoire peut paraître bien courte, on trouvera de quoi se nourrir avec les deux ouvrages de Françoise Denoyelle consacrés l’un à l’histoire de la collection [éditions de La Martinière], l’autre à l’histoire même du festival et à ses particularités [coédition Art Book Magazine/Les Rencontres d’Arles].

En ce cinquantième anniversaire, l’absence du Musée Réattu dans la programmation ne peut faire oublier qu’en ses murs naquit le festival voulu par Lucien Clergue, Michel Tournier et Jean-Maurice Rouquette, directeur des musées de la ville. Chaque été on y revient donc avec plaisir. Cette année « We Were Five » dévoile les cinq travaux d’étudiants du département de photographie de l’Institute of Design de Chicago choisis par leurs enseignants, Aaron Siskind et Minor White, pour figurer en 1961 dans la revue Aperture. Un retour sur image qui réunit des auteurs passés depuis à la postérité, tels Ray K. Metzker et Joseph Sterling, mais qui rappelle aussi en creux la place privilégiée accordée depuis le début à la photographie américaine à Arles.

« Rencontres d’Arles, 50 ans d’expos »,
du 1er juillet au 22 septembre 2019. Divers lieux dans la ville, Arles (13). Forfait pour toutes les expositions : 35 et 27 €. www.rencontres-arles.com

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°725 du 1 juillet 2019, avec le titre suivant : Notre choix parmi les expos photos des Rencontres d’Arles

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