Jeudi 24 septembre 2020

Art contemporain

New York

Noirceur lumineuse

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 27 septembre 2016 - 446 mots

Le MoMA rend hommage à Bruce Conner avec une rétrospective à la fois sombre et entaillée d’éclats de lumière.

NEW YORK -  Il est l’homme de la bombe atomique, l’artiste qui probablement a créé l’image la plus marquante de l’explosion. Il a certes esthétisé la catastrophe, mais a donné, grâce au son, une dimension tellurique à son film et forcé l’œil, par le biais du ralenti, à regarder l’événement sur la longue durée afin d’en prendre pleinement la mesure. Si Crossroads (1976) reste sans doute à jamais l’œuvre culte de Bruce Conner (1933-2008), sa pratique est bien plus ample et diverse.
C’est ce que s’attache à montrer à New York le Museum of Modern Art ; en collaboration avec le San Francisco Museum of Modern Art (SFMoMA), qui a conçu l’exposition et la recevra à partir de la fin du mois d’octobre, le MoMA consacre à l’artiste californien une rétrospective bienvenue, riche de quelque 250 œuvres.

Ce regard d’ensemble révèle un artiste inclassable, en partie à cause de la multiplicité de ses pratiques, tout en éclairant les principaux ressorts de son travail : la noirceur du monde, sa passion pour les femmes et l’exploration des territoires parallèles et des états de conscience altérés.

Collage et assemblage
Si le film construit à partir du collage d’éléments apparaît central dans sa pratique – sept de la vingtaine qu’il a produits sont projetés ici, y compris les deux versions différentes de Looking for Mushrooms – l’exposition rappelle à dessein que l’artiste s’était dès le milieu des années 1950 engouffré dans la voie de la récupération d’objets et de l’assemblage, après un rapide passage par la peinture. Peintre, Conner agrégeait déjà à la surface de la toile toutes sortes d’ingrédients récupérés. Partant, c’est à un véritable travail de construction que s’attelle l’artiste dans la plus grande part de son œuvre.

Récurrent apparaît l’usage du bas nylon, allusion autant à la femme fatale qui l’obsède qu’à l’idée d’étouffement ou d’enfermement. Dans une série de rares photogrammes à taille réelle intitulée « Angel » (1974-1975), c’est son corps qui se dessine sur le papier photographique, mains en avant comme pour capter les énergies, sources de lumière sur ces fonds noirs. Magnifiques sont aussi les salles de travaux graphiques. Les encres des années 1960 et 1970, très libres et sans motifs apparents, sont là encore le reflet de voyages mentaux. Tandis que les collages des années 1990, exécutés à partir d’illustrations trouvées, offrent une esthétique de gravures d’un autre âge. Ils achèvent de montrer l’importance fondamentale de la construction d’une image chez Conner, et surtout font état d’une énergie tant mentale que physique, en proie à l’ombre mais capable de réfracter la lumière.

Bruce Conner : It's all true

jusqu’au 2 octobre, Museum of Modern Art, 11 West 53 Street, New York, , tél. 1 212 708 9400, www.moma.org, tlj sauf mardi 10h30-17h30, vendredi 10h30-20h, entrée 25 $ (env. 22 €). L’exposition sera présentée au San Francisco Museum of Modern Art du 29 octobre 2016 au 27 janvier 2017. Catalogue, éd. SFMOMA, 384 p..

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°464 du 30 septembre 2016, avec le titre suivant : Noirceur lumineuse

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