Samedi 24 février 2018

Bruxelles

Nadar au musée ou les métamorphoses du savoir

Sensation et émotion pour impliquer le spectateur

Le Journal des Arts

Le 16 avril 2010

À l’opposé de la récente rétrospective présentée au Musée d’Orsay, l’exposition Nadar, présentée au Botanique, ne veut pas être une exposition au sens classique du terme, sans toutefois négliger l’exactitude scientifique.

BRUXELLES - D’emblée, la personnalité des organisateurs, Benoît Peeters et François Schuiten – les auteurs du cycle BD des "Cités obscures" –, donne le ton. Nadar n’apparaît pas figé aux cimaises d’un lieu volontairement abstrait. Celui-ci s’est dissipé dans un spectacle fait de dioramas géants, qui happent le spectateur et le plongent dans l’univers de Nadar.

La mise en scène reprend les principes inaugurés il y a quelques années avec "Le Musée des Ombres". À la contemplation d’une œuvre statique, Schuiten, Peeters et leurs collaborateurs ont préféré la participation à l’imaginaire de Nadar. La multiplicité des modes d’approche répond aux facettes de l’artiste. Insensiblement, le regard porté sur le siècle passé se teinte d’une sensibilité contemporaine que les scénographies mettent en relief avec une poésie propre.

La muséographie classique se voit ainsi intégrée dans un parcours ludique qui contraste avec la présentation faite à Paris. L’immersion des documents, des archives, des objets et des photographies dans un univers onirique donne aux œuvres une dimension nouvelle en impliquant le son, la lumière, des projections et des animations.

L’exposition dévoile ainsi les facettes d’un Nadar perpétuellement en quête d’invention : journaliste et dessinateur, opposant politique et inventeur, ami des poètes et portraitiste moderne, aérostier et précurseur de l’aviation. Le portrait de l’homme s’esquisse progressivement au fil des installations. À la restitution du passé répond l’exigence d’impliquer le spectateur.

La reconstitution d’une séance de pose chez Nadar, l’interview photographique de Chevreul, une descente aux catacombes, l’atelier onirique ou l’envol du "Géant" au-dessus des toits de Paris sont autant de révélations que d’invitations à recomposer librement l’imaginaire de Nadar. La voix de Nadar accompagne le spectateur, qui finit par s’identifier à l’artiste. Les installations, gérées par informatique, donnent des éclairages nouveaux qui situent résolument la connaissance du côté de la sensation et de l’émotion.

Une prouesse technique pour l’équipe du Botanique, un nouveau coup d’éclat des concepteurs qui devrait pousser les conservateurs à réinventer le musée pour que celui-ci devienne synonyme d’évasion.

\"Les métamorphoses de Nadar\", Bruxelles, Le Botanique, jusqu’au 8 janvier.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°9 du 1 décembre 1994, avec le titre suivant : Nadar au musée ou les métamorphoses du savoir

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