Vendredi 23 février 2018

Mystères de la peinture tibétaine

Soixante œuvres à Zurich pour témoigner d’un patrimoine disparu

Le Journal des Arts

Le 11 août 2008

Le Musée Rietberg, à Zurich, consacre une exposition aux peintures tibétaines du milieu du XIe au milieu du XVIe siècle. Il s’agirait d’une des premières études portant sur la peinture bouddhique ancienne.

ZURICH - Que reste-t-il du patrimoine culturel tibétain quarante-huit ans après l’invasion du royaume himalayen par les tanks de Mao Zedong, en 1951 ? Il est difficile de répondre à cette question tant les exactions commises dans le pays ont été nombreuses. La volonté des dirigeants chinois d’anéantir la religion, la langue et la culture tibétaines s’est traduite notamment par la destruction systématique des monastères bouddhistes. Plus récemment, la fièvre immobilière a conduit à la démolition de nombre de monuments qui avaient été jusqu’alors épargnés. Au total, plus de 90 % du patrimoine tibétain – palais, monastères, temples, bibliothèques – aurait ainsi disparu depuis les années cinquante.

Dans ce contexte, l’exposition qui se tiendra à partir du 14 février à Zurich, au Musée Rietberg, apparaît particulièrement intéressante. Celle-ci rassemble une soixantaine de peintures datant du milieu du XIe au milieu du XVIe siècle, aujourd’hui conservées dans des collections publiques et privées, et constitue la première tentative d’étude de la peinture bouddhique ancienne du Tibet. Elle s’intéresse plus particulièrement à la période du Chidar, lorsque le bouddhisme devient la religion prédominante au Tibet et le pays une des plus grandes civilisations bouddhistes de l’Asie.

Des peintures influencées par l’art indien
Parallèlement à la propagation de la foi tibétaine, des milliers de textes bouddhiques ont été traduits dans la langue du pays, des monastères sont sortis de terre et les peintures religieuses se sont multipliées. “Depuis une quinzaine d’années, de nombreuses peintures anciennes ont quitté le Tibet, ce qui a permis d’avoir accès à ces œuvres antérieures au XVe siècle (plus de trois cents sont aujourd’hui connues). Dans le pays du dalaï-lama, il y aurait actuellement moins d’une douzaine de monastères qui posséderaient encore de telles peintures”, explique Steven Kossak, conservateur du département d’art indien et himalayen au Metropolitan Museum de New York, où l’exposition a été présenté avant Zurich.

En réaction aux tentatives de la Chine de supprimer toute trace du bouddhisme, des moines tibétains ont vendu des peintures à des marchands avec l’accord de leur chef spirituel, le dalaï-lama. Au cours des XIe et XIIe siècles, avant que le bouddhisme n’ait été éradiqué par les musulmans dans le nord-est de l’Inde, de nombreux pèlerinages ont été organisés afin d’étudier les peintures conservées dans les monastères de la région, tandis que des moines indiens étaient à leur tour invités au Tibet. Plusieurs œuvres figurant dans l’exposition – tankas, peintures sur tissu, couvertures de livres peintes – ont probablement été réalisées en Inde pour des pèlerins et des monastères tibétains. “Avant d’organiser l’exposition, nous savions que la première vague de cette influence culturelle venait de l’Inde. Nous savons aujourd’hui plus précisément qu’elle était issue du Bengale, déclare le conservateur américain. Les Tibétains se sont appropriés ces éléments stylistiques qui, copiés et recopiés, ont acquis leur singularité”. Le second courant artistique de la période du Chidar vient de la vallée de Katmandou, où des artistes népalais travaillaient sur commande pour des clients tibétains.
À partir du XIVe siècle, les liens politiques du Tibet avec la Chine ont conduit à l’introduction de motifs chinois. Un véritable langage artistique tibétain s’est créé à partir d’un mélange de sources provenant de l’Inde, de l’Asie centrale, du Népal et de la Chine.

“Nous avons réuni dans cette exposition un ensemble de chefs-d’œuvre qui ont été épargnés, de façon à montrer au monde à quel point cet art est extraordinaire, souligne Steven Kossak. La peinture tibétaine constitue un champ encore inconnu, et de nombreuses questions restent sans réponse. Ainsi, nous ne savons pas comment les artistes ont appris à peindre, comment ils ont perpétué les traditions, s’ils possédaient leurs propres ateliers. Toutes ces informations ont disparu il y a cinquante ans”.

VISIONS SACRÉES : PEINTURES ANCIENNES DU TIBET CENTRAL

14 février-16 mai, Musée Rietberg, Hirschengraben 20, 8001 Zurich, tél. 41 1 261 96 52, tlj sauf lundi 13h-17h, dim. 10h-17h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°76 du 5 février 1999, avec le titre suivant : Mystères de la peinture tibétaine

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