Musique et beaux-arts dans l’entre-deux-guerres

Regard critique à Bâle sur une période partagée entre la modernité et la tradition

Le Journal des Arts

Le 29 décembre 2009

Un ensemble de plus de quatre cents œuvres, allant de 1914 à 1935, confronte plasticiens et compositeurs ayant eu pour prédilection des thèmes issus de la tradition, sans pour autant s’être détournés de la modernité. Pour les commissaires de l’exposition, Picasso et Stravinsky, figures de l’avant-garde, doivent aussi être considérés comme les principaux représentants d’un nouveau classicisme.

BÂLE - Le Kunstmuseum et la Fondation Paul Sacher – dont l’activité est destinée à la connaissance et la diffusion de la musique contemporaine – sont à l’origine de cette exposition qui tente de réévaluer l’étiquette quelque peu péjorative de "néoclassicisme". L’ori­ginalité est d’interpréter ce thème par le biais de la musique et des beaux-arts, d’essayer de comprendre les rapports et les collaborations qui ont lié ces deux domaines d’expression entre 1914 et 1935. Une analyse intéressante, bien qu’elle se fonde, en particulier pour Picasso et Stravinsky, sur des œuvres modestes en regard de leur importante carrière.

En consacrant la première salle de l’exposition à Chirico et en s’inspirant du titre de son œuvre Canto d’Amore (1914), prêtée par le MoMA, les commissaires montrent l’ambiguïté d’un artiste partagé entre le désir d’être à l’avant-garde tout en s’inspirant du passé. Un témoignage éloquent, bien que singulier, pour cette période de l’entre-deux-guerres où se développe une réaction générale contre le post-romantisme de la fin du XIXe siècle, avec un retour à la figure, à l’harmonie des formes classique, tout en cherchant une nouvelle approche poétique et même lyrique de la réalité.

Public et critique déconcertés
Ce renouveau de la tradition apparaît chez des artistes majeurs comme Picasso et Stravinsky, dont les œuvres constituent l’ensemble le plus conséquent de l’exposition. Tous deux ont en effet déconcerté le public et la critique par des œuvres classicisantes réalisées au début des années vingt. En mu­sique, ce retour au passé permet notamment de redécouvrir une orchestration épurée. Cette stylistique musicale sera pourtant déconsidérée par la jeune génération des années 1945-1950, qui n’hésitait pas à huer les concerts de Stravinsky.

Les rencontres développées autour des Ballets Russes, fondés par Serge Diaghilev, restent le témoignage le plus riche de cette époque et le cœur de cette présentation bâloise. Picasso a plusieurs fois collaboré avec la compagnie et travaillé en particulier pour les décors et les costumes de Parade (1917) sur une musique de Satie – œuvre clef dans le développement du thème de l’exposition –, et surtout Pulcinella (1920), une composition de Stravinsky dont les partitions autographes sont exposées.

Matisse est également très bien représenté dans l’exposition, bien que sa collaboration pour Le Chant du Rossignol de Stravinsky n’y figure pas. Il a évidemment noué très souvent un lien entre sa peinture et le monde de la musique ou de la danse. Son rapport à la tradition est en revanche plus complexe, mêlé à d’autres sources que celles du classicisme occidental. Des créations musicales de Milhaud, Satie et Casella accompagnent ses tableaux, ainsi que ceux de Chirico.

Dans l’exposition, la confrontation entre peintres, sculpteurs et compositeurs – tels Bonnard, Maillol, Honegger et de Falla – se révèle aussi animée simplement par des affinités émotives. Le dessein de la présentation de Bâle est de montrer que la modernité artistique de 1914-1935 s’associe parfaitement à une intégration des formes classiques, et de tenter de revaloriser une période considérée parfois avec mépris. Une problématique particulièrement bien développée dans le catalogue, qui regroupe les textes d’une trentaine d’auteurs.

CANTO D’AMORE. MODERNITÉ ET CLASSICISME DANS LA MUSIQUE ET LES BEAUX-ARTS ENTRE 1914 ET 1935, Kunstmuseum, St Alban-Graben 16, Bâle, jusqu’au 11 août, ouvert tous les jours sauf le lundi de 10h à 17h, le mercredi de 10h à 21h. Catalogue édité en allemand, en français et en anglais, Éd. Beuteli (Berne), 476 p., 58 FS (230 FF)

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°25 du 1 mai 1996, avec le titre suivant : Musique et beaux-arts dans l’entre-deux-guerres

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