Samedi 17 février 2018

Music grave

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 23 février 2010

À la vue d’une œuvre de Music, le regard ne peut qu’être saisi. Il se fige. Il est tout entier retenu par ce qu’il voit.

Comme prisonnier à l’intérieur même du champ iconique tant est puissante l’image qui advient sous ses yeux. Elle est étrange, en vérité, cette image, qu’il s’agisse d’un paysage ou d’une figure humaine. Elle semble sourdre des profondeurs de la matière qui l’informe. Elle est imprécise, le propos ici n’étant pas de représenter mais d’évoquer. En ce sens, quelque chose d’une sonorité grave est à l’œuvre dans cette peinture qui lui confère une rare intensité.
 
Déporté à Dachau en 1944, Zoran Music (1909-2005) a vécu la douloureuse expérience des camps et son art en est pétri. Quand bien même il se saisit de sujets sans rapport, ses vues de Venise comme ses figures en portent non les stigmates mais la pénétrante mémoire. C’est que l’art de Music est requis par l’incarné et que le souvenir de cette douleur est inscrit dans sa chair, aussi passe-t-il dans la matière picturale et ses peintures s’en font-elles l’écho.

Le soin délibéré du peintre à ne pas distinguer son sujet et à le fondre dans l’atmosphère générale du tableau, sur un mode quasi monochrome, couleur terre de Sienne, force le regard à l’épreuve d’une confrontation implacable : celle d’un silence aveugle qu’excède le jeu de clair-obscur dans lequel le sujet est donné à voir. Comme il en est chez Rembrandt dont les éclats de lumière viennent toujours rattraper ce qui s’achèverait dans un profond abîme.

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« Zoran Music », galerie Claude Bernard, 7-9 rue des Beaux-Arts, Paris VIe, www.claude-bernard.com, jusqu’au 20 mars 2010.

Légende photo

Zoran Music - Galerie Claude Bernard

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°622 du 1 mars 2010, avec le titre suivant : Music grave

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