Mercredi 17 octobre 2018

Multiples de Picasso

À Madrid, une exposition est consacrée aux séries du peintre

Le Journal des Arts

Le 25 mai 2001 - 679 mots

L’exposition, « Picasso : les grandes séries », présentée actuellement au Musée national centre d’art Reina Sofia (MNCARS) à Madrid s’annonce comme un des événements majeurs de la saison. Grâce à la collaboration de la famille Picasso, et en particulier de Claude, fils de l’artiste et membre de la Fondation du musée, l’institution a réussi à réunir un ensemble de 127 œuvres, dont une majorité de peintures.

MADRID (de nos correspondantes) - Réalisées entre 1953 et 1973, durant les vingt dernières années de la vie de Picasso, les séries présentées à Madrid sont issues d’une phase de réflexion critique au cours de laquelle l’artiste analyse certaines grandes œuvres du passé. Cette période, présentée dans l’exposition comme une des plus intéressantes et fécondes du créateur, est illustrée par un choix d’œuvres parmi les plus représentatives de chacune des séries : Les Femmes d’Alger, L’Atelier de La Californie, Les Ménines, Le Déjeuner sur l’herbe, L’Enlèvement des Sabines et Le Peintre et son modèle. Dans celles-ci, l’artiste se livre parfois à une réinterprétation quasi obsessionnelle de certains maîtres du passé comme Vélasquez, Delacroix et Manet. Sa propre œuvre constitue également une source d’inspiration intarissable explorant ainsi les relations entre l’artiste et sa peinture. Il revendique, en plein apogée de l’art abstrait, son inclination pour la figuration et pour une méthode de travail basée non pas sur l’émotion ou l’irrationnel mais sur l’intellect. Ses grandes séries se situent à mi-chemin entre ces nouvelles tendances et une vision plus traditionnelle de la peinture. Avant 1953, Picasso avait déjà effectué de nombreuses relectures d’œuvres historiques, mais d’une manière plus concentrée. Il peint dès 1917 une toile d’après l’œuvre Retour du Baptême de Le Nain, puis plus tardivement, en 1944, 1947 et 1950, se réfère à Cranach, Courbet et Le Greco. Les séries que l’artiste réalise à la fin de sa vie constituent toutefois un corpus beaucoup plus étendu. Cette prolixité alimente une grande partie des critiques adressées à Picasso, que l’on accuse d’avoir privilégié la quantité au détriment de la qualité. L’exposition du MNCARS choisit de mettre volontairement en lumière cette étape productive de l’artiste en la soumettant à une nouvelle lecture plus exhaustive. Les tableaux de Las Mujeres de Argel, réalisés entre décembre 1954 et février 1955, s’inspirent des deux versions des Femmes d’Alger de Delacroix, et évoquent l’univers orientalisant de Matisse. Peu de temps après la création de cette série, Picasso s’installe dans la résidence La Californie, villa du XIXe siècle située à Cannes, dont la décoration chargée n’est pas sans rappeler le vocabulaire formel de Matisse. Il utilise sa résidence – son abondante décoration, ses meubles, ses jardins – pour développer une série intitulée L’Atelier de La Californie dans laquelle il décrit l’atelier de l’artiste comme un lieu d’affrontement où le peintre se mesure à sa toile blanche. La surproductivité qui caractérise cette période s’explique, selon certains critiques, par l’angoisse du peintre en proie à une possible perte de créativité. Cette pléthore grandit avec le temps : en 1957, il consacre 58 toiles aux célèbres Ménines de Vélasquez. De la composition générale aux différents protagonistes du tableau, Picasso passe au crible tous les éléments qui structurent la toile. Quant au sujet central du tableau de Vélasquez – le peintre et son modèle –, ce thème apparaît de façon récurrente dans son œuvre et constitue en lui-même une série. Les œuvres réalisées à partir du Déjeuner sur l’herbe de Manet (presque 180 pièces entre les ébauches, les dessins et les peintures) ne sont en réalité que des variations sur ce même sujet. Elles mettent en présence dans la majorité des cas une ou plusieurs femmes face à un homme, qui incarne la figure de l’artiste. La croissance accrue de ces séries à la fin de sa vie soulève bons nombres de débats.

Appauvrissement créatif pour les uns ou reflet d’une activité artistique intense pour les autres, la question divise toujours les spécialistes.

- Picasso, les grandes séries, jusqu’au 18 juin, Musée national centre d’art Reine Sofia (MNCARS), Santa Isabel 52, Madrid, tél. 34 91 467 50 62, tlj sauf mardi 10h-21hn dimanche 10h-14h30.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°128 du 25 mai 2001, avec le titre suivant : Multiples de Picasso

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