Morellet érige la fantaisie en système

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 juin 2006

François Morellet, figure joyeuse de l’abstraction géométrique, revient à Angers pour nous présenter ses nouvelles « fantaisies », poursuivant une œuvre construite entamée il y a un demi-siècle.

François Morellet porte un véritable culte aux nombres. Païen, cela s’entend ; paillard, si besoin est. L’artiste aime à rappeler que trois dates ont tout déterminé de son destin : 1926, 1946 et 1966.
La première (1926) est celle de sa naissance à Cholet, en Maine-et-Loire, le fief de ses aïeux qu’il n’a jamais quitté. La deuxième (1946) est celle de son mariage avec Danielle, attentive et fidèle spectatrice, voire collaboratrice, du travail de son époux. La troisième enfin, 1966, est celle où il a cessé de diriger l’entreprise familiale de jouets et de voitures d’enfants pour ne plus se consacrer qu’à son art.

Éliminer le subjectif, une constante de son travail
À l’esprit de système, François Morellet revendique une pleine adhésion. Rien ne le passionne plus que de concevoir des projets, d’envisager leurs développements, de multiplier leurs déclinaisons,
à ce point qu’il vit comme en autarcie créatrice, remettant sans cesse en jeu tout ce qu’il invente.
Sur le mode de « on n’est jamais si bien servi que par soi-même », Morellet prend un malin plaisir à se mettre des bâtons dans les pattes et ne cesse de prendre le contre-pied de ses propres idées.

Un « illuminé » du néon et de la ligne droite
François Morellet forme et déforme à loisir, il répartit, il superpose, il distribue, il progresse, il décroche, il se lamente – comme le sous-entendent les titres de ses œuvres. À la grille, à la trame, au néon, au compas et au rapporteur, à la toile vierge et parfois à quelques branches, François Morellet doit tout.
S’il a imaginé au début des années 1960 une « peinture expérimentale » interactive puis, s’il a participé au groupe de recherches d’art visuel (le GRAV), il reste un personnage totalement atypique. Minimaliste, avant l’art minimal, et logicielle, avant Internet, son œuvre en appelle au bon plaisir cartésien.
Hommage permanent au point, à la ligne et au plan, elle n’en est pas moins chargée d’humeur et d’humour et nul mieux que lui ne sait à quelle savante figure géométrique répondent pirouettes et pieds de nez.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°581 du 1 juin 2006, avec le titre suivant : Morellet érige la fantaisie en système

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque