Jeudi 13 décembre 2018

Montréal et les fantaisies du Design

Le Journal des Arts

Le 4 juillet 1997 - 602 mots

Temporairement installé au rez-de-chaussée de l’extension du Musée des beaux-arts, dans le pavillon Jean-Noël Desmarais, le Musée des arts décoratifs de Montréal inaugure ses nouveaux espaces d’exposition avec une rétrospective sur l’humour et la fantaisie dans l’art décoratif de ce siècle.

MONTRÉAL. En abandonnant le Château Dufresne, situé à proximité du Stade olympique, pour le pavillon Jean-Noël Desmarais du Musée des beaux-arts, rue Sherbrooke, le Musée des arts décoratifs de Montréal profite non seulement d’un emplacement en centre ville mais dispose désormais d’une surface d’exposition cinq fois plus importante. Cette installation n’est "ni permanente, ni adaptée à sa vocation", prévient néanmoins David Hanks. Selon ce conservateur consultant pour le musée, l’idéal serait de construire un nouveau bâtiment, tout en conservant l’espace du Musée des beaux-arts pour les expositions temporaires. David Hanks est cependant heureux d’avoir quitté le petit château début de siècle, propriété de la Ville, où le musée privé avait été installé en 1979. Dépourvu de systèmes de climatisation et de sécurité, l’exiguïté des lieux (600 m2) ne répondait plus à l’importance du fonds du musée, qui n’a cessé de croître depuis vingt ans pour atteindre 3 000 pièces aujourd’hui. La Fondation Macdonald Stewart et la province de Québec ont un temps envisagé de financer la construction d’un nouveau bâtiment, sur les plans de l’architecte californien d’origine canadienne Frank Gehry, mais ce projet a finalement fait les frais du ralentissement de l’économie et de la réduction des subventions publiques en faveur des arts. Le Musée des beaux-arts a alors proposé de louer une partie inutilisée du rez-de-chaussée de son extension, le pavillon Jean-Noël Desmarais, conçu en 1991 par l’architecte Moshé Safdie. Cet espace de 3 000 m2, à l’origine destiné à accueillir des commerces, a été entièrement réaménagé par Frank Gehry.

Pickles et bacon
L’exposition inaugurale, "Dessiné pour le plaisir", s’intéresse aux aspects du design au XXe siècle qui contredisent les principes modernistes résumés dans des maximes telles que "Le moins est le plus" ou "La forme épouse la fonction". "C’est un travail sérieux sur l’humour, une étude sur la façon dont les artistes ont essayé d’insuffler à ces objets un certain esprit, fait de plaisir et d’enchantement, explique le commissaire de l’exposition, Martin Eidelberg. Depuis que les années vingt ont rejeté l’ornement, la tendance a été de considérer tout fantaisie comme marginale. C’est ainsi, par exemple, qu’on a décrit l’Art déco comme un abâtardissement du Modernisme." Quatre sections thématiques ponctuent le parcours de l’exposition : "Le langage du corps", qui comprend un vase anthropomorphe de Picasso et un fauteuil de Niki de Saint-Phalle en forme de personne assise ; "Inversion et transformation", qui présente notamment un service à thé biscornu d’Andrea Branzi et une chaise à huit pieds en forme de pattes d’araignée par Gaetano Pesce ; "L’ornement est-il un crime ?", avec un tissu à décor floral de Raoul Dufy et un cabinet d’Alessandro Mendini inspiré de Kandinsky ; enfin, " L’imagination en liberté", où l’on voit un collier fait de verres de lunettes, une veste recouverte de lierre et des montres en forme de pickles et de bacon signées Alfred Hofkunst. Sont également exposées des œuvres de Dale Chihuly, Josef Hoffmann, René Lalique, Gio Ponti, Emilio Pucci, Jean Puiforcat, Ettore Sottsass, Louis Comfort Tiffany, Peter Voulkos et des Wiener Werkstätte (Ateliers de Vienne).

DESSINÉ POUR LE PLAISIR : HUMOUR ET FANTAISIE DANS LES ARTS DÉCORATIFS AU XXe SIÈCLE, jusqu’au 2 septembre, Musée des arts décoratifs au Musée des beaux-arts, 1379-1380 rue Sherbrooke Ouest, Montréal, tél. 1 514 285 16 00, ouvert tlj sauf lundi 11h-18h, mercredi jusqu’à 21h. Catalogue anglais-français aux éditions Flammarion, par Witold Rybczynski et Martin Filler.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°41 du 4 juillet 1997, avec le titre suivant : Montréal et les fantaisies du Design

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