Jeudi 19 septembre 2019

XIXe

Monet bis

Le Musée Marmottan-Monet offre une vision confuse du peintre

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 4 janvier 2011 - 491 mots

PARIS - Inutile de revenir sur le différend survenu entre le président du Musée d’Orsay et le directeur du Musée Marmottan-Monet, qui a abouti à l’absence criante d’Impression soleil levant de la magistrale rétrospective aux Galeries nationales du Grand Palais, à Paris.

La presse s’en est déjà fait largement écho et l’une des conséquences est cette exposition montée à la va-vite par le musée dépendant de l’Institut de France, présentant l’intégralité de son fonds Monet. Soit 136 œuvres (une majorité de toiles et quelques dessins parmi lesquels une vingtaine de caricatures de jeunesse) dont la plus grande partie fut léguée par Michel Monet, fils du peintre, en 1964. L’exposition tire son titre de ce legs, constitué des œuvres que l’artiste avait conservées, les siennes comme celles de ses proches. À ce « musée de Claude Monet » s’ajoutent les différents dons faits à l’institution, comme celui du docteur Georges de Bellio.
Encore dépourvu d’un conservateur à proprement parler, le musée s’est notamment appuyé sur le savoir-faire de Noémie Goldman, désignée conseillère scientifique de l’exposition, pour tirer un sens de cette accumulation (avouons que le choix de cette spécialiste des rapports culturels entre le groupe des Vingt et la France paraît quelque peu incongru). Hormis quelques salles bien construites – dont celles sur les portraits du peintre par ses proches réservent quelques curiosités, comme le Claude Monet en uniforme de chasseur d’Afrique par Charles Lhuillier (1861) –, le parcours pseudo-thématique est loin d’être à la hauteur de l’œuvre. À titre d’exemple, le couloir menant aux salles du sous-sol illustre les « séries » grâce à une seule Meule, une unique Cathédrale de Rouen, et quatre Nymphéas… Alors que les deux Pont de Charing Cross et une très belle vue du Parlement sont relégués dans une salle consacrée à Londres…
Les aberrations d’accrochage se succèdent et l’ensemble, laborieux, ne donne aucune piste à la compréhension ou à l’appréciation de l’art de Monet. Pourtant l’occasion de découvrir l’intégralité de la plus importante collection d’œuvres de l’artiste en une seule respiration est rare, et mériterait d’être saisie. Qu’un tel trésor se retrouve entre les mains de personnes qui en savent si peu sur Monet relève presque de l’aberration : l’accrochage resserré et cohérent du sous-sol, avec les séries tardives, devrait inviter à la contemplation et au recueillement ; las, l’expérience est gâchée par un écran vidéo, placé au cœur de la rotonde, qui monopolise tous les regards. Le plus regrettable est qu’à force de voyager aux antipodes pour financer les divers réaménagements de l’hôtel particulier, Impression, soleil levant (une salle lui est consacrée) est en passe de perdre son statut d’icône du mouvement impressionniste pour devenir le gagne-pain du musée, le symbole de la commercialisation des collections. 

CLAUDE MONET, SON MUSÉE,

Jusqu’au 20 février, Musée Marmottan-Monet, 2, rue Louis-Boilly, 75016 Paris, tél. 01 44 96 50 33, www.marmottan.com, tlj sauf lundi 11h-18h, mardi jusqu’à 21h. Catalogue, éd. Hazan, 240 p., 200 ill., 35 euros, ISBN 978-2-7541-0467-8

CLAUDE MONET

Conseillère scientifique : Noémie Goldman, chercheuse au Fonds national de recherche scientifique de Belgique, chargée de mission aux Musées royaux des beaux-arts de Belgique

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°338 du 7 janvier 2011, avec le titre suivant : Monet bis

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