Mardi 18 décembre 2018

Collège des Bernardins Jusqu’au 12 septembre 2010

Moment d’art et de grâce

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 18 mai 2010 - 329 mots

Éric de Chassey, nommé depuis quelques mois à la direction de la Villa Médicis de Rome, inaugure sa programmation… à Paris ! Au Collège des Bernardins, au sein d’une nef cistercienne entièrement restaurée, cette austérité décorative radicale inhérente à l’esthétique de l’ordre monastique sied parfaitement à l’exposition.

« La pesanteur et la grâce » a choisi cinq émissaires contemporains dont l’abstraction témoigne d’un ascétisme, d’une rigueur et d’une humilité propres au lieu qui les accueille.
Avant l’étape romaine à l’automne prochain, l’introduction parisienne joue sur un accrochage par ensembles monographiques avec des groupes de pièces posées avec parcimonie entre la grande nef et l’ancienne sacristie. Il faut aller débusquer cette dernière après la librairie pour y découvrir les cinq œuvres d’une rectitude affirmée, peintes par Emmanuel van der Meulen (ci-dessous). Il est accompagné d’une pièce sonore d’Emanuele Becheri.

Après coup (2010) est composée d’un socle noir et d’une platine à disques vinyles « jouant » un son abstrait produit par un objet pourtant bien concret : un briquet. De retour dans la partie principale dialoguent par chuchotements les plans de l’installation Tour et Taxis (2001) de Marthe Wéry, des pliages simplissimes monochromes qui relaient à merveille le « chant des pierres » cisterciennes.
Face à ces combinaisons planes, les toiles de Callum Innes répondent avec autant de traces picturales noires puis blanches. Les monochromes s’offrent comme une mémoire dans des grands formats sombres qui semblent presque enfumés. Enfin, trône en majesté une sculpture dorée de George Tony Stoll, Constellation anonyme (2010), étrange volume disjoint siégeant entre aplomb et retrait.

C’est là toute la grâce de ce moment d’art, l’absolue présence des œuvres sans qu’elles s’imposent ; des œuvres comme autant de passages, de voies vers la spiritualité. Et qu’il faudra prendre le temps d’apprivoiser après un premier contact austère et une simplicité élémentaire plutôt désarmante.

« La Pesanteur et la grâce : monter en abaissant », Collège des Bernardins, 20, rue de Poissy, Paris Ve, jusqu’au 12 septembre, www.collegedesbernardins.fr.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°625 du 1 juin 2010, avec le titre suivant : Moment d’art et de grâce

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