Dimanche 18 février 2018

Mix et Remix mixtes

Photographie branchée à Nantes

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 3 septembre 2008

Le patio du Musée des beaux-arts de Nantes est habitué à accueillir les grandes expositions historiques, de l’art baroque à la peinture académique du XIXe siècle. Cet hiver, l’institution offre ses cimaises à une jeune génération de photographes branchés, témoins des soubresauts de notre époque.

NANTES - Le monde de l’art a vu émerger depuis quelques années toute une nouvelle génération de photographes adeptes d’une image quotidienne et profondément contemporaine. Ces artistes réintroduisent dans la création actuelle une nouvelle forme de figuration, et il n’est pas impossible que certains d’entre eux, à une autre époque, se soient plus volontiers tournés vers la peinture. Seulement, les temps ont changé. Une nouvelle culture de l’image a fait son apparition, notamment véhiculée par les magazines. Aussi, contrairement à un certain type de photographie qui cultive un savoir-faire, une esthétisation poussée à son paroxysme qui joue sur de grands formats et se rattache encore, comme en peinture, à des genres (le portrait, le paysage…), les artistes exposés à Nantes utilisent cette technique de l’image pour sa capacité propre à saisir la vie en usant de toute la liberté qu’elle induit elle-même.

À l’entrée de l’exposition a été aménagé un petit cabinet où se retrouvent trois artistes qui ont mis ou mettent en scène l’intime. Face à un autoportrait de 1928 de Claude Cahun, une étonnante photographe redécouverte à l’occasion de l’exposition “Nantes et le Surréalisme” en 1993, se déploie un choix d’œuvres relativement sages de Larry Clark. En face, les images de Mark Morrisroe mettent en scène des corps dans des atmosphères profondément sensuelles. Ici, le négatif a été maltraité, des empreintes de doigts ont été laissées au développement pour introduire un travail sur la matière, à l’instar d’une Nan Goldin dans certaines de ses séries.

Air du temps
Plus loin, trois artistes qui travaillent à Londres et photographient plus particulièrement la nuit. Rut Blees Luxemburg, qui trouve de nombreuses sources d’inspiration dans la poésie, s’attache aux ensembles immobiliers de l’East End, tandis que Sophy Rickett photographie des routes la nuit ou des jeunes femmes urinant debout sur des bâtiments symbolisant le pouvoir masculin. Seamus Nicolson porte son regard sur des lieux publics désertés le soir, tels qu’une station de lavage pour automobiles ou des aires de jeu pour enfants. D’autres analogies peuvent également apparaître entre les images de Florence Paradeis et celles de Vibeke Tandberg dans une certaine approche de la quotidienneté. Ailleurs, Richard Billingham propose des vues urbaines dépourvues de toute présence humaine, comme s’il prenait enfin l’air, comme s’il s’affranchissait de l’atmosphère étouffante de sa famille qui est depuis longtemps au centre de son travail.

Les œuvres de Cindy Sherman, Lovett/Codagnone, Anna Gaskell, Liza May Post, Valérie Jouve, Jennifer Bornstein, Beat Streuli, Hannah Starkey et Wolfgang Tillmans complètent cet état des lieux de la jeune photographie, qui fait une large place aux femmes-artistes. L’une d’entre elles, Rineke Dijkstra, expose enfin une vidéo, une fois n’est pas coutume. Sur fond de musique techno, elle présente une galerie de portraits de danseurs qui bougent au rythme du son. Une œuvre symbolique, à la fois par sa grande économie de moyens et son désir de s’inscrire délibérément dans l’air du temps.

REMIX

Jusqu’au 5 mars, Musée des beaux-arts, 10 rue Georges-Clemenceau, 44000 Nantes, tél. 02 40 41 65 50, tlj sauf mardi 10h-18h, vendredi 10h-21h, dimanche 11h-18h. Catalogue, 88 p., 160 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°72 du 4 décembre 1998, avec le titre suivant : Mix et Remix mixtes

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