Samedi 23 février 2019

Méga-expos à l’américaine

Des expositions \"à grand spectacle\" très rentables

Le Journal des Arts

Le 1 juillet 1996 - 606 mots

Après plusieurs mega-shows consacrées aux \"Ramsès\", à \"Napoléon\" et aux \"Trésors des tsars\", dont certains ont attiré plus de 600 000 visiteurs, James Broughton présente actuellement \"Splendeurs de l’Égypte an­cienne\", dans son Florida Inter­national Museum de Saint Petersburg, en Floride. Pour remédier au refus des autorités égyptiennes de prêter leurs antiquités, en dépit d’une offre équivalant à 10 millions de francs, un accord passé au débotté avec un musée allemand a permis à l’exposition d’ouvrir ses portes, sans même à avoir à en changer le titre !

SAINT PETERSBURG (FLORIDE) - Le Florida International Museum n’a plus à craindre que les milliers de copies d’objets fabriquées en Égypte restent invendues : bijoux, scarabées, statuettes et "verres phéniciens" proposés dans sa boutique de cadeaux trouveront preneur, même si une décision de justice a finalement empêché 72 antiquités égyptiennes de quitter Le Caire pour être exposées à Saint Petersburg. À la place, le musée américain présente 170 objets de l’Égypte pharaonique en provenance du Musée Roemer-und-Pelizaeus d’Hildesheim, en Allemagne.

Les négociations menées au Caire ont mis en lumière les pressions qui s’exercent sur les pays au riche patrimoine artistique comme l’Égypte lorsque d’importantes sommes en devises leurs sont proposées en échange de prêts d’œuvres rares et fragiles. Alors que les Égyptiens se sont vus proposer une somme de 2 millions de dollars (10 millions de francs), le musée allemand aurait reçu de son côté une somme beaucoup plus modeste, de l’ordre de 300 000 à 500 000 dollars (de 1,5  à 2,5 millions de francs), qui devrait servir à la rénovation de ses salles d’exposition.

Attirer un public populaire
James Broughton s’est fait connaître en organisant une série d’expositions intitulées "Wonders" (Mer­veil­les) à Memphis, dans le Tennessee. Ces cinq "mega-shows", très rentables, ont attiré un public populaire qui n’avait pas l’habitude de débourser de l’argent pour voir des œuvres d’art. Leur succès a conduit Broughton à organiser d’autres expositions "monstres", tels que "Les Ramsès" ou "Napoléon". En 1992, il a ouvert un musée dans un ancien grand magasin rénové de Saint Petersburg. La toute première exposition, "Trésors des tsars", a attiré 600 000 visiteurs [à titre de comparaison, la rétrospective Cézanne au Grand Palais a enregistré 574 432 entrées payantes].

Outre un salaire confortable, James Broughton perçoit 90 % des bénéfices des ventes annexes, et deux de ses fils figurent sur la liste du personnel. Pour "Splendeurs", il est parvenu à persuader 1 500 bé­névoles de guider les visiteurs pendant l’exposition, qui fermera ses portes le 7 juillet. Son expérience lui a également permis de collecter les fonds nécessaires à l’organisation et à la promotion de l’exposition, soit 6,8 millions de dollars (34 millions de francs). Le billet d’entrée est fixé à 13,25 dollars (66 francs), soit le double du prix moyen demandé dans les autres musées des États-Unis.

Comme les concerts de rock ?
Les frais d’organisation des grandes expositions sont désormais si élevés que seuls quelques rares musées d’art peuvent encore suivre sur le plan financier. Cela augure peut-être du rôle que pourraient jouer à l’avenir les producteurs spécialisés dans l’organisation de manifestations coûteuses et à haut risque – comme les concerts de rock ou les courses de motos – dans le monde des expositions "à grand spectacle". Tou­te­fois, en l’absence de véritables règles pour les expositions de ce type, les œuvres et les objets d’art prêtés risquent d’être endommagés en cours de transport ou durant leur présentation. C’est d’ailleurs cette inquiétude qui a été mise en avant par les Égyptiens pour refuser le prêt de leurs statues et sarcopha­ges en basalte et en granit, même si les prêteurs allemands n’ont pas eu de semblables préoccupations.

 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°27 du 1 juillet 1996, avec le titre suivant : Méga-expos à l’américaine

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