Vendredi 23 février 2018

Maurice Denis

L’esprit de famille

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 23 mars 2009

Bien des territoires restent à explorer dans l’œuvre abondante de Maurice Denis (1870-1943), artiste protéiforme qui voulut réunir dans un même élan les richesses de la tradition et les ambitions de la modernité (lire L’oeil n° 585).

Théoricien et écrivain prolixe, membre influent du groupe des Nabis où figurent, entre autres, Bonnard, Vuillard et Sérusier, il publie en 1890 un manifeste étonnamment intitulé Définition du néo-traditionnisme.
« Enfances » porte un bel éclairage sur une facette particulière du travail du peintre : un émerveillement jamais démenti face à la beauté de la femme et de la famille. Catholique profondément croyant, père de neuf enfants, il prête aux scènes de la vie quotidienne un sens symbolique et religieux, incarnation de la présence du sacré dans notre existence ordinaire.
La Mère à la fenêtre ouverte (vers 1899) relève de l’esthétique nabi par l’absence de modelé et par la couleur posée en aplats. Mais il est intéressant de noter que Denis reprend avec bonheur un dispositif spatial cher aux peintres de la Renaissance italienne : la Vierge à l’enfant sur fond de paysage. La toile évoque la Vierge à l’Enfant et deux anges de Filippo Lippi [voir p. 47], artiste que Denis apprécie particulièrement: « Je pleure encore (...) aux Offices, devant les Filippo Lippi et les autres... ». De même, les correspondances entre Portrait de famille, de 1902, et La Belle Jardinière ou la Madone Aldobrandini de Raphaël sont tout aussi manifestes, tant en ce qui concerne la composition que le tracé d’un dessin très pur.
Cette exposition illustre bien la dualité complexe de ce peintre souvent perçu comme essentiellement passéiste et décoratif : son vif intérêt pour la peinture des siècles précédents ne l’a nullement empêché d’interroger avec une pertinence résolument moderne l’organisation des formes et la vitalité des couleurs. Portrait d’Aco en costume de zouave, de 1920, en est une savoureuse démonstration.

A voir

« Maurice Denis, Enfances », musée Denys-Puech, place Georges-Clemenceau, Rodez (12),www.mairie-rodez.fr, jusqu’au 7 juin 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°612 du 1 avril 2009, avec le titre suivant : Maurice Denis

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