Mercredi 20 février 2019

Matthew Barney se radicalise

Rétrospective au Capc de Bordeaux

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 1 mars 1996 - 365 mots

À 29 ans, l’Américain Matthew Barney bénéficie déjà d’une rétrospective au Capc, signe du vif engouement que suscite son travail.

BORDEAUX - L’exposition rassemble pour la première fois en France des pièces réalisées entre 1989 et 1995, et montre l’évolution de Matthew Barney, qui semble, depuis 1993, tendre vers une plus grande radicalisation.

L’esthétique de l’œuvre de Barney, incarnant une mystérieuse et intrigante perfection, sert au début des années quatre-vingt-dix une mythologie dont Jim Otto, l’arrière de l’équipe de football américain des Oakland Raiders, qui a effectué une partie de sa carrière avec des prothèses de genoux en silicone, et Houdini, le roi de l’évasion, sont les héros.

L’exploit sportif est une référence omniprésente, notamment pour sa capacité à hypertrophier les corps et pour l’énergie qu’il dégage. Une pièce comme Transexualis (decline), de 1991, rappelle par exemple des instruments de musculation, mais dans un traitement moelleux mêlant silicone, gelée de pétrole et gonadotrophine humaine, une hormone stimulant l’activité des glandes sexuelles. La dimension organique, mais aussi la différentiation ou plutôt l’indifférenciation sexuelle, sont, comme chez beaucoup d’artistes de cette génération, au centre de la problématique développée par l’Américain.

Ses dernières œuvres, depuis 1993, sont ainsi peuplées d’hermaphrodites et de personnages hybrides. Délaissant les références à des héros passés ou présents, Matthew Barney développe aujourd’hui une mythologie singulière éloignée du réel, un univers fascinant et étrange, esthétiquement raffiné et attirant.

Ce monde peuple les deux vidéos majeures Cremaster 4 (1994-1995) et Cremaster 1 (1995), d’une quarantaine de minutes chacune, projetées au musée. Les dernières salles accueillent les pièces présentes dans ces films. Cremaster 4 : the Isle of Man intègre par exemple deux side-cars de compétition issus de la première vidéo. Le contact physique avec ces pièces qui, loin d’être de simples reliques, dégagent ici une énergie propre, ne démystifie pourtant pas cet univers énigmatique, un espace métaphorique fruit d’une liberté immanente à l’art de Barney.

MATTHEW BARNEY : " PACE CAR FOR THE HUBRIS PILL ", Capc Musée d’art contemporain, Entrepôt, 7 rue Ferrère, 33000 Bordeaux. Jusqu’au 24 mars. Du mardi au dimanche de 12h à 19h, le mercredi juqu’à 22h. Fermé le lundi. Catalogue réalisé avec le Museum Boymans-van Beuningen de Rotterdam et la Kunsthalle de Berne.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°23 du 1 mars 1996, avec le titre suivant : Matthew Barney se radicalise

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