Dimanche 21 octobre 2018

LAAC, Dunkerque Jusqu’au 19 septembre 2010

Mark Brusse - Chaman contemporain

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 18 mai 2010 - 410 mots

À première vue, le parcours du Néerlandais Mark Brusse [lire son portrait p. 20], amorcé au seuil des années 1960 à Paris, apparaît comme coupé en deux par la découverte de l’Extrême-Orient. Une rencontre en 1983 qui va opérer un point de bascule dans le travail de l’artiste et lui conférer une forte dimension métaphysique aux accents universalistes.

Rien de plus tentant alors que de répartir l’œuvre de part et d’autre de cette césure : d’un côté une séquence toute d’assemblages, en dette avec les Nouveaux Réalistes, buissonnant encore du côté de Filliou, de Fluxus et de l’action de rue, de l’autre, les pigments vaporeux et veloutés, les grands dessins à la détrempe sur fin papier mûrier. D’un côté, les chaînes, clous, poulies, coussins, crochets, cordes, bois de récupération, ou « l’ironique énigme des machines sans fonction » repérées par William Burroughs. De l’autre, les mythes, le souffle, le symbole, la fable, ou le monde du dehors vu « avec le regard du dedans » tel que le critique Pierre Restany l’interprétait en 1988.

Trop simple pourtant de s’en tenir à une telle répartition, tant l’œuvre de Brusse ne cesse d’opérer des allers-retours dans l’établissement polymorphe de ses énigmes visuelles. Le LAAC de Dunkerque l’a relevé qui opte pour une lecture non chronologique articulée en cinq séquences. Et en guise de pivot : la série des Natural Woods (1967-1968), réalisée alors que l’artiste revient de deux années passées à New York. Parallélépipèdes rustiques enserrés dans des structures géométriques en bois laqué de couleurs pures, la série emprunte aux questionnements sur l’occupation de la forme dans l’espace développés par la sculpture minimaliste, prolonge ses premières combinaisons de matériaux récupérés et glisse un clin d’œil goguenard du côté des « boiseries des maisons bourgeoises des Pays-Bas au xviie siècle ».

Bois brut badigeonné de blanc, assemblages branques parfois repris version estampe, les objets flirtent avec le rupestre et ironisent avec l’opération de « promotion » que Brusse leur fait subir. Mais lorsque jaillissent, sur les fins papiers imbibés, des histoires d’eau, de nature, de montagne, des mythologies peuplées de tortues, poissons ou dragons, des fragments de corps, cœurs, cerveaux, crânes ou sexes d’où s’échappent parfois des combustions vaporeuses, Brusse le nomade semble toucher cette fois à une autre forme d’assemblage : celle d’un syncrétisme iconographique et métaphysique.

« Mark Brusse, heureusement l’art n’est pas raisonnable », LAAC, Jardin de sculptures, Dunkerque (59), tél. 03 28 29 56 00, jusqu’au 19 septembre 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°625 du 1 juin 2010, avec le titre suivant : Mark Brusse - Chaman contemporain

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