New York

Manuscrits arméniens enluminés

La première exposition d’ouvrages enluminés dispersés après 1915

Le Journal des Arts

Le 31 mai 2010

Pour la première fois, la Pierpont Morgan Library expose un ensemble représentatif d’ouvrages arméniens conservés dans les collections américaines.

NEW YORK - Le massacre des Arméniens d’Anatolie en 1915 a eu, entre autres conséquences, la vente de précieux manuscrits provenant de ce pays. Au cours de la décennie suivante, les collectionneurs américains se sont empressés d’acheter. Au fil des ans, certains de ces ouvrages ont été acquis par la Walters Art Gallery de Baltimore et par la Pierpont Morgan Library de New York, mais d’autres ont disparu à jamais.

Les manuscrits rassemblés à New York datent du VIIe siècle au XVIIIe siècle. Ces Évangiles comprenaient une table des canons enluminée, les portraits des quatre évangélistes et celui du commanditaire. On sait que l’invention de l’alphabet arménien remonte au Ve siècle, et que des traductions enluminées de la Bible ont été effectuées, peu après, par des copistes dans les églises et les petits monastères. Les premières qui nous soient parvenues datent des VIe et VIIe siècles.

Leur étonnante diversité reflète la fragmentation des communautés arméniennes et leur isolement prolongé. Certaines enluminures ont subi l’influence de l’art gréco-romain, par le biais de Byzance. Ces Évangiles sont l’objet d’une véritable vénération dans la liturgie de l’Église arménienne, parfois plus pour eux-mêmes que pour les enseignements qu’ils transmettent. En Occident, vers l’an mil, ils ont été remplacés par des missels.

Les caractéristiques de l’enluminure arménienne
Selon Roger Wieck, l’un des commissaires de l’exposition, la sensualité est souvent délibérée de la part des artistes arméniens, et il est vrai que l’on voit parfois des figures féminines nues orner la table des canons. "Au Moyen Âge, dit-il, plusieurs théologiens arméniens ont soutenu que la décoration de la table des canons était un baptême pour les yeux, un plaisir que l’on tirait de la nature sensuelle des créations divines, ainsi qu’une préparation à la lecture des Évangiles." On est loin des austères traditions médiévales occidentales et byzantines. Du fait de leur éloignement, les chrétiens d’Arménie, qui n’avaient souvent pour voisins que des musulmans, ont assimilé certaines caractéristiques des arts persan, moghol et chinois. Sur l’une des peintures exposées à New York, le Christ est chaussé de bottes, vêtu d’un pantalon bouffant, comme un prince persan.

La période classique
En Arménie, la période classique correspond à l’établissement du royaume de Cilicie (du XIIe au XIVe siècle), sur la côte Sud-Est de l’Asie Mineure, où s’est alors créé une sorte de carrefour culturel entre l’Asie et les puissances occidentales alliées, qui cherchaient à reprendre le contrôle de la Terre sainte. Les textes ont continué à y être copiés à la main jusqu’au XVIIIe siècle.

"Les Arméniens" nous dit Roger Wieck "ont été contraints de conserver cette tradition, parce qu’entre le XVIe et le début du XVIIIe siècles, les Turcs ont interdit l’implantation de l’imprimerie, surtout aux Arméniens. La première Bible imprimée en langue arménienne l’a d’ailleurs été en Occident, en 1666."

New York, Pierpont Morgan Library, \"Manuscrits arméniens\" jusqu’au 7 août 1994.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°5 du 1 juillet 1994, avec le titre suivant : Manuscrits arméniens enluminés

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