Dimanche 17 novembre 2019

Manet-Monet entre deux gares

Le quartier Saint-Lazare vu par les Impressionnistes à Orsay

Le Journal des Arts

Le 13 février 1998 - 706 mots

La gare et ses abords servent de point de départ à l’exposition « Manet, Monet et la gare Saint-Lazare », qui rassemble 23 toiles des deux maîtres, ainsi qu’une soixantaine d’œuvres de Caillebotte, Degas, Fantin-Latour, Berthe Morisot et Puvis de Chavannes. Symbole du Paris d’Haussmann, le quartier de l’Europe a été maintes fois peint par les artistes novateurs des années 1870. Le Musée d’Orsay confronte les multiples interprétations picturales de ce motif, érigé en manifeste de la modernité.

PARIS - Sous le règne de Na­po­léon III, Paris change de visage. De nouveaux quartiers apparaissent, les gares se multiplient. Déjà, en 1842, la station Saint-Lazare avait vu le jour, remaniée et agrandie de 1851 à 1853. Tout autour, le secteur de l’Europe est remodelé par le baron Hauss­mann, qui érige un pont monumental franchissant la voie ferrée. De nouveaux im­meubles surgissent, offrant aux artistes des locaux pour s’installer. Parmi eux, Manet, Monet et Cail­lebotte se plairont à représenter ce quartier, symbole de la modernité. Montrer un paysage urbain contemporain, aux antipodes de la notion de pittoresque, est d’ailleurs très novateur en soi. Émile Zola s’en fait l’apôtre : “Nos artistes doivent trouver la poésie des gares, comme leurs pères ont trouvé celle des forêts et des fleuves.”

Le motif de la gare Saint-Lazare et de ses abords sert d’articulation à l’exposition, qui présente Le chemin de fer, peint par Manet en 1872-1873, aux côtés de douze autres toiles du maître, et en contrepoint de dix tableaux de Monet, dont neuf de la série des Gare Saint-Lazare, exécutées en 1877, bien avant celles des Peupliers ou des Meules. Trois vues du pont de l’Europe par Caillebotte, des œuvres de Goeneutte et Béraud, ainsi que des photographies d’époque évoquent également le site, tout en soulignant la diversité des interprétations proposées par chaque artiste.

Un motif polysémique
Une femme assise interroge du regard le spectateur. À ses côtés, une fillette vue de dos scrute le trafic ferroviaire à travers une grille noire omniprésente, qui découpe le tableau en bandes parallèles et sépare les personnages de la toile de fond urbaine, à peine suggérée. Aux limites du portrait, du paysage et de la scène de genre, Le chemin de fer de Manet esquisse le cadre dans lequel se meuvent des personnages réels, contemporains. Le peintre s’intéresse davantage aux scènes humaines, comme dans La Prune ou Le Rémouleur au bec de gaz – également exposés à Orsay –, qu’aux grands panoramas, dont Béraud et Caillebotte se révèlent friands.

Chez ce dernier, les alignements rectilignes des boulevards haussmanniens, les structures métalliques des ponts et le flot des passants sont le prétexte à un jeu de perspectives et de plans juxtaposés complexes. Avec ses énormes croisillons en métal, le pont de l’Europe fournit à l’artiste un motif porteur. Les trois études présentées au Musée d’Orsay montrent le fossé qui sépare les recherches de Caillebotte de celles de Monet.

Tandis que le premier s’attache à décrire, le second capte, à l’aide de petites touches colorées, une pure sensation visuelle. Chez Monet, la gare n’est ni un lieu chargé d’une multitude histoires individuelles, ni une architecture moderne, mais une immense serre de fer et de verre, dans laquelle la fumée des locomotives capture la lumière. Les détails ne sont pas toujours identifiables, notamment dans Les signaux, gare Saint-Lazare, à la limite de l’abstraction.

Dans une seconde partie un peu fourre-tout, “Manet, Monet et la gare Saint-Lazare” s’attarde sur le contexte historique et artistique de la création autour de 1870. Manet et son atelier dans le quartier de l’Europe servent de pivot à cette évocation, qui rassemble des œuvres engagées ou allégoriques de Puvis de Chavannes et Bracque­mond, des témoignages de son amitié pour Degas et Berthe Morisot, ainsi que des documents rappelant l’exposition personnelle du maître dans son atelier, en 1876. On découvre les commentaires laissés par les visiteurs sur le livre d’or, ainsi que des caricatures et des textes évoquant la lutte constante de Manet pour être admis au Salon.

MANET, MONET ET LA GARE SAINT-LAZARE : LES IMPRESSIONNISTES DANS LE PARIS DU BARON HAUSSMANN, jusqu’au 17 mai, Musée d’Orsay, 1 rue de Belle­chasse, 75007 Paris, tél. 01 40 49 48 48, tlj sauf lundi 10h-18h, jeudi 10h-21h45, dimanche 9h-18h, entrée 40 F. Catalogue 250 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°54 du 13 février 1998, avec le titre suivant : Manet-Monet entre deux gares

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