Maintenant, c’est le moment

Volkswagen City offre un panorama de la jeune scène allemande

Le Journal des Arts

Le 18 février 2000

Le Kunstmuseum de Wolfsburg propose un panorama de la création contemporaine allemande, mais en mêlant vraies « découvertes » et jeunes artistes déjà reconnus, les commissaires de l’exposition brouillent les cartes.

WOLFSBURG - Une navette gratuite est mise à la disposition des visiteurs par Volkswagen, employeur principal et raison d’être de la ville, pour les conduire au Kunstmuseum. Construit aux confins d’un quartier piétonnier très années soixante-dix, le musée dessiné par l’architecte hambourgeois Peter Schweger – une adaptation élégante du style industriel – était jusqu’à présent le plus célèbre édifice de Wolfsburg. Mais, de l’autre côté de la gare, se contruit une nouvelle “car city” dont l’achèvement coïncidera avec l’Exposition universelle 2000 dans la ville voisine de Hanovre.

À l’ouverture du Kunstmuseum, en 1994, l’un des principaux objectifs du directeur Gijs van Tuyl et de son équipe était de montrer les nouvelles tendances de l’art contemporain et de présenter à un public élargi le travail de jeunes, voire même de très jeunes artistes. Après avoir monté “Full house : jeune art britannique”, en 1996, puis “Sunshine & noir : l’art à Los Angeles 1960-1997”, l’année suivante, ils s’intéressent aujourd’hui à l’art contemporain en Allemagne. Pour “German Open”, les commissaires Veit Görner et Andrea Brodbeck ont choisi trente-sept artistes, pour la plupart nés dans les années soixante. Si, dans l’introduction au catalogue, ils se présentent comme des explorateurs de l’avant-garde, ces “aventuriers” n’ont pourtant fait que suivre les chemins bien tracés du monde des galeries de Berlin-Mitte et de Cologne, où nombre des artistes “découverts” sont exposés depuis plusieurs années déjà. Aussi, dans les 1 600 m2 du hall central du Kunstmuseum, le visiteur ressentira-t-il une impression de déjà vu...

Wolfsburg, cadre idéal
Curieusement, Wolfsburg, petite ville allemande typique, est le cadre idéal pour cette présentation. L’un des dénominateurs communs entre les artistes est leur origine provinciale (à l’est ou à l’ouest) et leur installation à Berlin ou Cologne. Dominant la salle, le relief mural très coloré de Michel Majerus est intitulé Ce qui semble bon aujourd’hui ne le sera peut-être pas demain : maintenant, c’est le moment – une devise presque trop facile pour une exposition dont la muséographie s’inspire du design des boîtes de nuit et des bars du Berlin des années quatre-vingt-dix. Cette génération d’artistes considère comme allant de soi le croisement continuel entre arts plastiques, musique et “style de vie”. Certains d’entre eux, tels Alexander Györfi ou Christian Flamm, sont musiciens autant qu’artistes. Dans ce melting-pot stylistique, évoquant parfois le Futurisme, le Pop art et le Minimalisme, Tobias Rehberger et Franz Ackermann exposent des peintures murales exécutées in situ. Tilo Schulz, en collaboration avec le personnel du Kunstmuseum, a réalisé un exemple de Peinture murale et design qui témoigne de la mode des activités de groupe et de la fonction éducative attribuée aux arts plastiques. Christian Jankowski s’intéresse à la psychologie du couple, Silke Wagner aux fans de football et Marc Brandenburg à la culture des jeunes, avec dessins et photos. Contrairement à la plupart des pièces exposées, qui sont ludiques et ironiques, Rheydt de Gregor Schneider, un ensemble de séquences vidéo dérangeantes sur la maison parentale qu’il a reconstruite, rend compte de la claustrophobie qu’entraîne la vie dans une petite ville.

Pour une exposition dont les critères de sélection sont la nationalité et l’âge, “German Open” offre effectivement un panorama de la production artistique récente. Mais ce genre de parti pris comporte le risque de brouiller la donne en montrant des artistes déjà connus – Tobias Rehberger, Neo Rauch, Peter Friedl – en même temps que de véritables découvertes, comme Dieter Pflumm, Tilo Schulz ou Silke Wagner.

- GERMAN OPEN : L’ART CONTEMPORAIN EN ALLEMAGNE, jusqu’au 26 mars, Kunstmuseum, Porsche-strasse 53, Wolfsburg, tél. 49 5361 26690, tlj sauf lundi 11h-18h, mardi 11h-20h. Catalogue en allemand et en anglais, env. 320 p., 400 ill. coul.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°99 du 18 février 2000, avec le titre suivant : Maintenant, c’est le moment

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