Lundi 28 septembre 2020

Mac/Val, au théâtre du réel

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 11 mai 2016 - 434 mots

Le monde factice et désenchanté de Pierre Ardouvin s’incarne dans une exposition prenante au Mac/Val.

VITRY-SUR-SEINE - On embarque pour un tour de manège et roulez jeunesse ! Un manège d’une autre ère, sorte de vestige customisé comme échappé du jardin d’un amateur un peu fou, qui avec ses quatre canapés de récupération posés sur un plateau tournant surmonté de fanions multicolores aurait cédé à la tentation de se construire un amusement délicieusement régressif (Les Quatre Saisons, 2010). Chez Pierre Ardouvin, rien ne se passe jamais comme ailleurs, ainsi qu’en témoigne ce préambule à son exposition présentée au Mac/Val, à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), où le sourire finalement se fait un peu grinçant face à un certain grotesque de circonstance : bienvenue dans son monde.

Car c’est à la découverte d’un univers à part entière qu’est convié le visiteur de la grande salle dévolue aux expositions temporaires. Dans un espace plongé dans le noir sont regroupées une trentaine d’œuvres d’époques et de techniques diverses, mettant en scène une imagerie aussi variée. Un éclair en néon se déchaîne contre un mur, d’un parasol de jardin pendent des boules de Noël, un arbre déraciné s’est abattu sur un fauteuil, des meubles flottent au plafond suspendus à des mobiles… L’ensemble recompose un paysage ambigu où partout les objets sont soumis à des déformations mettant à mal leur caractère lisse premier. À l’instar de la moquette noire et pailletée qui recouvre les lieux : elle colle un peu aux basques, rendant le glamour de surface un peu plus terreux que ce qu’il devrait être, que ce qu’on aimerait qu’il soit.
C’est bien l’une des clés du travail d’Ardouvin que de continuellement jouer d’un caractère déceptif. En implacable observateur du quotidien, l’artiste, par le choix de son iconographie et le traitement qu’il lui fait subir, est passé maître dans une manière de créer une relation sentimentale liée à une forme de désenchantement.

« Tout est affaire de décor », indique le titre, et dans le scénario ouvert que constitue cette exposition faite de dévoiements et de basculements successifs, tout ou presque devient spectacle, y compris et surtout le réel. Dans un processus de transformation qui paraît sans limites, les cartes postales d’une France des années 1960 ou 1970 présentent des motifs antinomiques regroupés par deux, dont la jonction a été retravaillée afin de vaguement faire croire à une continuité. Installé dans un petit théâtre, le public peut observer de loin l’ensemble des œuvres et le comportement de ses congénères. Dans Au théâtre ce soir (2006), le réel devient une mise en scène, avec son lot de promesses… plus ou moins tenues.

PIERRE ARDOUVIN. TOUT EST AFFAIRE DE DÉCOR

Jusqu’au 4 septembre, Mac/Val, place de la Libération, 94400 Vitry-sur-Seine, tél. 01 43 91 64 20, www.macval.fr, tlj sauf lundi 10h-18h, samedi-dimanche 12h-19h, entrée 5 €. Catalogue à paraître.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°457 du 13 mai 2016, avec le titre suivant : Mac/Val, au théâtre du réel

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