Dimanche 21 octobre 2018

Collection

Lyon : singuliers métissages

Le Journal des Arts

Le 23 avril 2013 - 659 mots

À Lyon, le Musée des beaux-arts expose les multiples facettes de la collection de Denise et Michel Meynet, entre art africain et céramique contemporaine.

LYON - « Ils ne se prennent pas au sérieux mais ils collectionnent sérieusement », résume dans un sourire Salima Hellal, commissaire de l’exposition « Métissages, les collections de Denise et Michel Meynet », présentée au Musée des beaux-arts de Lyon. Ce couple de collectionneurs, amateurs et donateurs est bien connu à Lyon : en 2000, le futur Musée des Confluences s’est vu gratifier d’une donation de 685 objets africains issus de leur collection, puis, en 2011, le couple offre 48 céramiques contemporaines au Musée des beaux-arts. À Lyon, leurs ensembles, réunis en cinq sections thématiques, sont illustrés par 300 objets, choisis avec soin par Salima Hellal. D’entrée de jeu, l’humour et une certaine pointe d’autodérision accueillent le visiteur, avec un mur évoquant quelques-uns de leurs centres d’intérêt. L’un, propre à Michel, concerne les chalets-souvenirs, miniatures suisses pour touristes que l’homme accumule avec délice comme d’autres le font des boules à neige. Pour Denise, ce sont de magnifiques bracelets de prêtresse vaudou en argent, exécutés au Bénin dans la première moitié du XXe siècle. Hétéroclites sur le papier, les objets du couple prennent sens dans les associations formelles et subjectives créées par la commissaire d’exposition. « Leurs collections s’expliquent en creux », souligne Salima Hellal. Intéressés par l’art japonais et ses estampes mais dépourvus des moyens de l’acquérir au regard des prix du marché de l’art, « ils ont décidé de transposer ce qu’ils aimaient dans l’art japonais dans l’art populaire, l’art africain, la céramique contemporaine ». Sortis de leurs contextes d’usage, certains objets deviennent des œuvres classiques grâce à une forme, une matière, un esthétisme de l’épure, tels ces pilons à fonio du Bénin en bois lustré par l’usage vernaculaire. « Nous sommes très “matiéristes”, en ce sens que nous pouvons acheter un objet uniquement pour le matériau », explique Michel Meynet dans le catalogue. Le bois est prépondérant dans leurs collections, l’os et d’autres matières organiques également. La céramique tient une bonne place dans le parcours : les œuvres en grès émaillé de Daniel de Montmollin mêlent des techniques chinoises et japonaises dans un esprit sobre et raffiné, où la simplicité des formes prévaut.

Indépendants du marché

Les associations créées entre les œuvres sont frappantes : une statuette féminine Fanti du Ghana, ripolinée de blanc et de noir, répond à une lithographie de Robert Couturier, Couple sur la plage, où les corps d’un homme et d’une femme, stylisés, s’étalent sur un fond immaculé, rythmé par les chevelures noires des personnages. Dans cette section intitulée « Formes/Volumes/Couleurs », sont réunies les œuvres les plus abstraites du couple. La dernière salle est dévolue à l’« art colon », une production artistique et artisanale africaine où l’influence occidentale est prégnante. Politiques, critiques, ironiques, ces œuvres témoignent d’un métissage complexe et encore mal étudié, longtemps catalogué comme un « art pour touristes ».
Denise et Michel Meynet ont documenté et pensé avec soin cette collection, réunissant une magnifique sculpture d’Armand Avril, une Barque des morts (2010), objet à la limite du totémisme portant pavillon français, comme une enseigne de coiffeur peinte du Ghana fortement inspirée des représentations américaines des années 1980. Un seul regret dans cette salle : placées sur des socles trop hauts, les œuvres ne sont pas aussi accessibles que dans le reste du parcours, où la proximité a été particulièrement travaillée.
Au fil du parcours, une idée esthétique se construit pour le visiteur : n’obéissant pas aux règles du marché de l’art, les Meynet ont constitué des collections étonnamment singulières, toujours en mouvement, sans pour autant prendre la voie de l’accumulation. À Lyon, l’acte de collectionner prend sens.

Métissages

Commissaire : Salima Hellal, conservatrice chargée des collections d’objets d’art au Musée des beaux-arts de Lyon
Nombre d’œuvres : env. 300

Légende photo

Armand Avril, Barque des morts, collection Denise et Michel Neyret - © Photo Louis Houdus.

Métissages, Les collections denise et Michel Meynet

Jusqu’au 24 juin, Musée des beaux-arts, 20, place des Terreaux, 69001 Lyon, tél. 04 72 10 17 40, www.mba-lyon.fr, tlj sauf mardi 10h-18h, vendredi 10h30-18h. Catalogue, Fage Editions, 168 p., 25 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°390 du 26 avril 2013, avec le titre suivant : Lyon : singuliers métissages

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque