Dimanche 21 octobre 2018

Lyon saisi par l’art contemporain

L’\"effet\" Biennale s’étend à toute la ville

Le Journal des Arts

Le 4 juillet 1997 - 1138 mots

Le succès croissant de la Biennale d’art contemporain (Bac) a décidé la Ville de Lyon à en faire une manifestation internationale de référence. Cette entreprise ambitieuse est épaulée par les galeries et le circuit institutionnel lyonnais.

L’attitude quelque peu réservée de la mairie à l’égard de l’art contemporain a été contredite par le succès public de la Bac, qui est passée de 75 000 à 130 000 visiteurs en trois éditions. Cette belle réussite a convaincu la municipalité qu’une telle manifestation pouvait devenir un phare dans le désert culturel estival lyonnais. Le pari est osé. Conscients de l’enjeu, Thierry Raspail et Thierry Prat, les deux directeurs artistiques de la Bac et par ailleurs conservateurs du Musée d’art contemporain, ont fait appel, pour sélectionner les artistes, à un commissaire internationalement réputé. Harald Szeemann a donc la lourde tâche de répondre au sujet imposé – "L’Autre" – et d’établir la Biennale face à deux mastodontes dont la notoriété n’est plus à faire : la Documenta de Cassel et la Biennale de Venise. Conservateur indépendant auprès de la Kunsthaus de Zurich et directeur passionné de l’agence d’art "l’Usine" installée à Tegna, en Suisse, Harald Szeemann est l’auteur d’expositions mémorables, telle "Quand les attitudes deviennent formes", qui marque les débuts de l’art conceptuel. Connu pour son éclectisme et son goût pour les formes artistiques dites populaires, il trouve avec "L’Autre" l’occasion d’exploiter un thème à facettes et devrait satisfaire aussi bien les afficionados de l’art contemporain que le public moins spécialiste puisque se côtoient, dans un maelström brillant, Katharina Fritsch et le facteur Cheval, Gabriel Orozco et Louise Bourgeois, ou encore Matthew Barney et des peintres chinois inconnus (du 9 juillet au 24 septembre, Halle Tony Garnier, VIIe arrondissement).

Place au public
Toutefois, aussi grandiose que soit l’événement, il ne saurait se suffire à lui-même, comme l’ont montré les nombreuses manifestations parallèles qui accompagnaient les premières éditions d’"Octobre des arts" préfigurant la Biennale dans sa forme actuelle. Aussi les directeurs artistiques ont-ils prévu une grande manifestation publique ouverte à tous. Espérant renouveler le fabuleux succès du défilé proposé par la Biennale de la Danse, Thierry Raspail et Thierry Prat installeront L’art sur la place, le dimanche 7 septembre, place Bellecour (lire encadré). En attendant, les artistes de la région réunis en "Bac Off" occuperont la Galerie des Terreaux, mise à leur disposition par la mairie. Les précédentes éditions n’ayant pas convaincu – moins de 10 000 visiteurs en 1995 –,  l’amateur-chineur pourra toujours s’y rendre pour avoir un point de comparaison (place des Terreaux, du 3 au 31 juillet, de 10h à 22h). Par ailleurs, le 13 septembre, soixante jeunes artistes peintres travailleront en plein air et en public sur "L’influence de l’autre" et de la couleur jaune (avenue de Saxe, VIe arrondissement). Quant aux galeries, il semble que leurs responsables soient enfin capables de s’organiser pour mener des actions communes. Le samedi 13 septembre, dix-huit d’entre elles, réunies en association de promotion, proposeront à leurs visiteurs de gagner dix-huit œuvres d’art : il suffira de visiter six expositions et de remettre la preuve de son passage pour le tirage au sort. L’incitation à la visite est habilement concoctée pour attirer un public "que nous espérons le plus large possible", précise le comité d’organisation. Avant cette action d’envergure, plusieurs galeries jouent sur le thème de la Bac. Olivier Houg propose de "Risquer l’inconnu ou l’autre multiplié" en exposant treize artistes, dont Stéphane Braconnier, Olivier Chabanis, Guillaume Treppoz (jusqu’au 31 juillet, 13 rue Jarente, IIe arrondissement), et le galeriste Michel Chomarat investira le Palais de Bondy pour y présenter "Comme dirait l’autre", une sélection de quarante artistes de différentes nationalités (jusqu’au 7 septembre, 18 quai de Bondy, Ve arrondissement).

Autres lieux, autres thèmes
Moins proches du thème, mais à voir également chez Geneviève Mathieu, François Houdard jusqu’au 8 juillet, puis Georg Baselitz et Martin Noël jusqu’au 13 septembre, (48 rue Burdeau, Ier arrondissement) et, juste à côté, à la galerie le Réverbère II, Arièle Bonzon et Alain Boulerot jusqu’au 26 juillet (38 rue Burdeau). Dans le Vieux Lyon, un saut chez Athisma s’impose pour les cartographies imaginaires de François Frappa, jusqu’au 13 juillet (10 rue du Bœuf, Ve arrondissement). Quant à l’imaginative galerie Domi Nostrae, elle présente jusqu’à fin septembre une exposition collective, "Petites vanités à usage domestique" (39 cours de la Liberté, IIIe arrondissement). À noter l’initiative de l’hôtel-restaurant La Tour Rose, qui exposera sur le principe du marabout-bout de ficelle… des œuvres appartenant à la galeriste Claudine Papillon et qui ont toutes une relation aux arts de la table : bouteille d’huile de Joseph Beuys, ouvre-bouteille de Georges Brecht, boîte de conserve d’Andy Warhol... (du 8 juillet au 24 septembre, 22 rue du Bœuf, Ve arrondissement).

Les centres d’art
Le secteur institutionnel essaie lui aussi de profiter de "l’effet Biennale". Au premier rang, le Nouveau musée qui, avec l’accrochage "Identité", devrait voir affluer le public de "L’Autre". On y trouvera notamment Vanessa Beecroft, Pierre Huyghe et Philippe Parreno, ce dernier étant aussi visible sous la Halle (jusqu’au 31 octobre, 11 rue du Dr. Dolard, Villeurbanne). L’art "autre" de Jean Dubuffet sera présent jusqu’au 23 août à l’Espace d’arts plastiques de Villefranche-sur-Saône . Enfin, l’Institut Lumière proposera onze films suivant la thématique de la Bac. Parmi eux Freaks de Tod Browning, Faux-semblants de David Cronenberg... (Halle Tony Garnier, tous les vendredis de l’été à 20h). Le Musée d’art contemporain renoue avec l’Image mobile, thème de la précédente Bac, avec l’exposition  "Version originale" concoctée par Georges Rey, qui invite vingt-cinq artistes travaillant sur l’Internet (jusqu’au 24 septembre, quai Charles de Gaulle, VIe arrondissement, et sur l’Internet). En "Zigzag", l’École d’art montre les inventions des post-diplômes Art et Media de l’Élac (jusqu’au 19 juillet, Centre d’échange de Perrache, IIe arrondissement). 

De Racine à David Bowie
Réalisant, après de longues années d’apathie, que Lyon connaissait un accès de faiblesse culturelle pendant l’été, la mairie entend désormais que la ville devienne un "havre où l’on aime rester, un site où l’on a plaisir à venir". Outre les expositions, c’est un programme privilégiant les spectacles en plein air et très éclectique qui a été concocté sous le label générique d’"Estivales 97". On pourra notamment voir Andromaque de Racine au Théâtre antique, Horace de Corneille dans la cour de l’Hôtel de Ville, et La dame de chez Maxim’s de Feydeau dans la cour du Musée Gadagne. Tous les soirs de juillet et d’août, le collectif "Petites formes artistiques" occupera une traboule, un escalier ou tout lieu étonnant sur la Croix-Rousse pour y présenter de courts spectacles chantés, dansés ou joués… La musique ne sera pas non plus délaissée : l’orchestre national de Lyon donnera un concert de Falla/Ravel sous la direction de Viktor Perez au Théâtre antique le 12 juillet ; on pourra y entendre un concert Gershwin le 17 juillet et, dans un autre genre, David Bowie le 29 juillet.

Place Bellecour
Le dimanche 7 septembre, la place Bellecour sera transformée en un vaste lieu d’exposition à ciel ouvert. La scénographie prévue devrait faire apparaître une ville en construction avec ses rues, ses avenues, sa place et ses portes. L’opération est largement tournée vers le public non spécialiste de l’art contemporain et entend donner un espace d’expression aux pratiques artistiques amateurs ou "autres". Quinze plasticiens ayant mené pendant l’été une sensibilisation à l’art contemporain, à l’apprentissage d’une technique et à une réflexion sur "L’Autre", disposeront chacun de 90 m2 pour le rendu de leurs travaux. Des graffeurs de l’agglomération s’exprimeront sur les cinq portes fermant la place, pour répondre à la "quête de reconnaissance" de ces travaux, qui mêlent contestation par la dégradation et recherches picturales hors des circuits traditionnels de l’art. Enfin, chacun pourra venir occuper un espace de 4 m2 pour y donner sa vision de "L’Autre" (inscriptions à la Maison des biennales, auprès de Pascale Duclaux, tél. 04 72 40 26 26).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°41 du 4 juillet 1997, avec le titre suivant : Lyon saisi par l’art contemporain

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