Vendredi 14 décembre 2018

Londres

L’or grec de l’âge classique

Les trésors du British Museum, de l’Ermitage et du Metropolitan

Le Journal des Arts

Le 1 septembre 1994 - 926 mots

La première exposition, fondée sur des critères scientifiques, présentant les objets de fouilles des trois grands musées de Londres, New York et Saint-Pétersbourg.

Londres - Cette exposition est plus qu’une simple collection de beaux objets admirablement ouvragés. C’est en effet la première fois que le British Museum, le Metropolitan Museum et le Musée de l’Ermitage mettent en commun les plus beaux objets de leurs collections en orfèvrerie de la période 500 à 300 av. J.-C. Cela n’a été possible qu’avec l’ouverture récente de la Russie à l’Occident. Plus important encore : voici une exposition d’orfèvrerie dans laquelle chaque pièce a une date et une provenance sûrement attestées.

La science a fait des progrès depuis 1966. À cette date, l’exposition "Greek Gold – Jewellery from the Age of Alexander", avait fait le tour des musées de Boston, de Brooklyn et de Virginie avec 138 objets, accompagnée d’un catalogue qui présentait les recherches les plus avancées sur leur technique de fabrication : vingt-cinq de ces objets – plus de 18% de l’ensemble – s’étaient révélés par la suite être des faux ! De même, en 1987, la collection Sackler d’orfèvrerie ancienne, présentée à la Royal Academy de Londres, contenait 10 à 12 % de faux, pourcentage "normal" pour une collection constituée dans les années soixante-dix - quatre-vingts.

Les deux organisateurs de la présente exposition – le Dr Dyfri Williams, conservateur du Département grec et romain du British Museum, et Jack Ogden, directeur du Cambridge Center for Precious Metal Research – soulignent que les recherches qui l’ont précédée combinent à la fois l’expérience, l’archéologie et la science la plus avancée. La détection des faux repose sur la même combinaison de connaissances. Comme l’exposition s’est volontairement limitée à des pièces de provenance sûre, le catalogue constituera une base de références pour les études à venir.

Un autre regard sur les collections
L’idée de l’exposition est née des recherches du Dr Williams sur l’or de la période classique. Son étude des objets isolés l’a conduit à comprendre l’intérêt d’une synthèse des recherches sur l’ensemble des objets de l’époque classique. Le matériel de l’Ermitage est, sur ce point, d’une importance cruciale : il a été retrouvé dans des sites de Crimée parfaitement datés et référencés, la plupart du IVe siècle av. J.-C., et peut ainsi servir de base de référence pour des objets du British Museum et du Metropolitan Museum acquis au XIXe siècle et dotés d’une vague provenance – Grèce, Asie Mineure ou Italie méridionale. Les rapprochements permettent de préciser la provenance et les sites, en établissant les ressemblances et les différences régionales. Le Dr Williams estime que plusieurs des sites allégués pour les trouvailles du siècle précédent peuvent être confirmés, grâce à ces comparaisons.

Dans le catalogue et les notices de l’exposition, John Ogden examine les diverses techniques d’orfèvrerie employées. L’utilisation du microscope à balayage électronique, qui peut agrandir les objets plusieurs milliers de fois, comme le montrent les photographies du catalogue, a révélé la variété des ressources des artisans grecs, ce qui a permis en outre d’établir des regroupements d’ateliers.

On a découvert aussi – et c’est une première – que l’on utilisait parfois des pigments colorés : les têtes de lions qui ornent les extrémités d’une paire de bracelets du Metropolitan, absents de l’exposition, ont ainsi révélé des traces de rouge dues à l’application intentionnelle de cinabre dans la gueule et les oreilles des animaux.

Comme les traces rougeâtres peuvent être également provoquées par le voisinage de minerai de fer dans la terre des sépultures, certaines applications de couleur pourraient avoir été ainsi décapées par erreur dans le passé. On en tirera des informations indirectes sur les anciennes méthodes de conservation et des indications précises sur les précautions à prendre pour l’avenir.

Situer les objets dans le temps et dans l’espace
Le Dr Williams et M. Ogden ont voulu que les visiteurs replacent l’orfèvrerie dans un contexte social et historique concret ; ils souhaitent leur faire imaginer aussi l’allure même de ces bijoux lorsqu’ils étaient portés.
 
Le matériel est groupé géographiquement : Grèce continentale et îles ; Grèce d’Asie ; villes du Pont (Crimée et Scythie) ; cités de Grande Grèce et de Sicile ; Chypre, Égypte et Méditerranée orientale. L’or du sud de la Russie, provenant pour l’essentiel de la fouille des kourganes – ou sépultures souterraines –, est le mieux travaillé et le mieux préservé : un torque d’or de Koul Oba, en Crimée (400-350 av. J.-C.), a ses extrémités ornées de cavaliers scythes en émail.

Parmi les plus beaux objets, signalons une paire d’ornements de bras, probablement de Grèce septentrionale, dont les extrémités sont ornées de tritons mâles et femelles (Metropolitan Museum, vers 200 av. J.-C.) ; plusieurs couronnes de feuilles d’or, dont une de feuilles de chêne avec une abeille et deux cigales, provenant d’une tombe des Dardanelles (British Museum, vers 350-300 av. J.-C.) ; une paire de boucles d’oreille ornées de Ganymède et de l’aigle de Zeus, des environs de Thessalonique (Metropolitan, vers 350-300 av. J.-C.) ; enfin, une paire de boucles d’oreille ornées d’un disque et d’un pendentif en forme de nacelle, de Koul Oba (Musée de l’Ermitage).

L’exposition sera ensuite présentée à New York, puis à Saint-Pétersbourg. Dans les trois villes, elle bénéficie du soutien de Cartier.

L’Or grec, la joaillerie de l’âge classique

Londres, British Museum, jusqu’à fin octobre. New York, Metropolitan Museum, 2 décembre 1994 - 24 mars 1995, Saint-Pétersbourg, Ermitage, mai-août 1995.

Le catalogue, Greek Gold. Jewellery of the Classical World, rédigé par Dyfri Williams et Jack Ogden, est publié par British Museum Publications et vendu £ 16,25 (140 F).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°6 du 1 septembre 1994, avec le titre suivant : L’or grec de l’âge classique

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