Mercredi 20 février 2019

A Londres, Panton ton sur ton

La dernière exposition conçue par l’architecte et designer danois

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 24 septembre 1999 - 565 mots

Peu avant son décès, en 1998, l’architecte et designer danois Verner Panton avait conçu une dernière exposition réunissant un grand nombre de ses créations : « Lyset og Farven » (lumière et couleur). Cette manifestation posthume, accueillie jusqu’au 10 octobre par le Design Museum de Londres, nous plonge dans l’univers coloré, global et déroutant du créateur de la Panton Chair.

LONDRES - Au premier étage du Design Museum, le visiteur découvre l’extrait d’un film de James Bond dont le décor est dû à Panton, avant d’emprunter un couloir où se déploient des documents d’archives et des créations du Danois. Mais le clou de l’exposition est la reconstitution de l’une de ses dernières œuvres, l’installation qu’il avait conçue au Danemark pour le Trapholt Museum. Huit salles en enfilade sont chacune déclinées dans une couleur identique, des sols aux murs et aux plafonds. Le mobilier et les tissus réunis ici  ne le sont pas sur des considérations de chronologie ou de forme, mais uniquement parce qu’ils sont tous de la même couleur. Le visiteur découvre ainsi, l’une après l’autre, ces ambiances tonales, ces accords chromatiques parfaits qui conditionnent les émotions et les perceptions. “Pour moi, la couleur joue un plus grand rôle que la forme”, avait affirmé Verner Panton dans un entretien publié dans le catalogue – presque un livre d’artiste – qui accompagne l’exposition.

Très tôt, l’architecte et designer s’est intéressé aux théories des couleurs, de celles de Goethe à celles des enseignants du Bauhaus, notamment Kandinsky et Itten. Il a d’ailleurs donné son nom, Pantone®, à un nuancier associé à des encres dont se servent aujourd’hui tous les professionnels de l’édition. Ses recherches se sont aussi rapidement tournées vers des intérieurs monochromes, à l’exemple de ceux qu’il a conçus en 1958 pour la Komigen Inn à Langesø, quand les couleurs ne créaient pas elles-mêmes un mouvement, comme dans son installation de l’exposition “Visiona II” à Cologne en 1970, l’incroyable Phantasy landscape. Sa théorie s’appuie, intellectuellement mais aussi concrètement, sur six couleurs primaires – orange, jaune, vert, bleu et rouge – plus le magenta et le turquoise, qui correspondent aux tons des huit salles du Design Museum.

La première partie et la fin de l’exposition rappellent également l’importance de ses créations dans le domaine du mobilier. Il fut d’ailleurs très tôt à bonne école puisque, pour son premier emploi, il a travaillé dans l’agence d’Arne Jacobsen à l’élaboration de la célèbre chaise La Fourmi. Outre ses fameuses Livings Towers éditées par Herman Miller en 1969, des canapés tout en hauteur sur lesquels on peut s’allonger ou s’asseoir – le maître mot étant “confort” –, Panton restera attaché à la chaise qui porte son nom. Exploit technologique d’abord – il est le premier à dessiner et à mouler une chaise dans un seul bloc de plastique –, le designer a surtout réussi à donner la primauté à la couleur sur la forme, le plastique étant teinté dans la masse.

Du vivant de Panton, il était prévu que l’exposition fasse une halte au Consortium, à Dijon. On pourra regretter que le projet n’ai pas pu se concrétiser depuis sa mort. Les ayants droit, et notamment la société Vitra qui prête un grand nombre de pièces, semblent particulièrement gourmands quand il s’agit désormais d’honorer la mémoire du célèbre Danois.

VERNER PANTON : LUMIÈRE ET COULEUR

Jusqu’au 10 octobre, Design Museum, Shad Thames, Londres, tél. 44 171 378 6055, tlj 11h30-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°89 du 24 septembre 1999, avec le titre suivant : A Londres, Panton ton sur ton

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