Samedi 15 décembre 2018

Evénement

Londres à l’heure turque

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 18 février 2005 - 710 mots

La Royal Academy propose un vaste panorama de la civilisation turque. La majorité des 350 œuvres exposées ont été exceptionnellement prêtées par les musées d’Istanbul.

 LONDRES - Alors que la Turquie est candidate pour rejoindre l’Union européenne, la Royal Academy célèbre mille ans d’art turc, de 600 à 1600. Les zones géographiques concernées englobent, évidemment, l’actuel territoire du Proche-Orient, mais aussi les contrées lointaines de Chine, Mongolie, Afghanistan, Iran, Irak ou Tadjikistan, c’est-à-dire partout où s’exerça l’influence turque jusqu’à son apogée sous l’Empire ottoman, édifié au XVe siècle sur les ruines de l’Empire byzantin. Près de 350 vestiges qui ornaient jadis des grottes, mosquées, palais, tentes dans le désert ou temples bouddhistes le long de la Route de la soie sont aujourd’hui réunis à Londres. Les pièces proviennent en majorité du Musée du palais Topkapi ainsi que du Musée d’art turc et islamique, tous deux à Istanbul, mais aussi de nombreux musées internationaux. Parfois confus, souvent trop dense, le parcours a le mérite de présenter des pièces d’exception, rarement sorties de Turquie. Ainsi des peintures de Mohammed Siyah Qalam (XIVe-XVe siècle), pour la première fois montrées en Occident, qui valent à elles seules le déplacement. De l’auteur, « Mohammed à la plume noire », on sait très peu des choses si ce n’est qu’il travaillait au XVe siècle, probablement en marge de la cour et des courants traditionnels. Fascinantes et angoissantes, ses œuvres témoignent du mode de vie et des croyances des peuples nomades d’Asie centrale. Elles représentent des scènes de la vie quotidienne, mais aussi d’étranges rituels semblables à des danses macabres, exécutées par des démons hallucinés, qui pourraient illustrer une tradition orale, les pratiques d’un ordre mystique inconnu...
La scénographie de la Royal Academy se veut discrète. De couleur neutre, les cimaises reprennent timidement l’architecture des palais ottomans et permettent d’apprécier les pièces dans leur moindre détail. Après une introduction mettant en exergue différents sites de Turquie, le parcours débute avec les Ouighours, peuples de bergers nomades, qui jouèrent un rôle important en Asie centrale au VIIe siècle, lors du développement du commerce de la soie. Aux côtés de manuscrits, textiles et peintures murales de l’époque figurent les découvertes archéologiques de l’explorateur allemand Albert von Lecoq, parti au début du XXe siècle fouiller la région de Turfan en Chine.

Un art des plus raffinés
Succédant aux Ouighours, les Seljoukides immigrent vers l’ouest et établissent, à partir de 1055, avec la prise de Bagdad, le Grand État Seljoukide. Celui-ci jouera un rôle de mécène important dans le domaine de l’art et de l’architecture. Des œuvres d’une grande délicatesse verront le jour, tel ce tapis du XIIIe siècle provenant de la mosquée de Konya, édifiée pour le sultan Alaaddin Keykubat. Autre grand mécène : Timur (1336-1405), connu sous le nom de Tamerlan en Occident, qui prit le pouvoir en 1370 pour établir un empire gigantesque comprenant l’Asie centrale, l’Iran, la Syrie, l’Anatolie et l’Inde du Nord. Un nouveau langage artistique, glorifiant ses actes militaires et sa dévotion à l’islam, se développe alors. En témoignent les différentes peintures sur papier exécutées au XVe siècle, représentant Timur en plein combat, ou encore ce morceau de mosaïque portant ses inscriptions. Les délicats manuscrits prêtés par les musées d’Istanbul datent pour la plupart d’entre eux de cette période.
L’influence ottomane commence à croître sous le règne de Mehmet Ier (vers 1503-1521) pour se trouver à son zénith sous le règne de Mehmed II « le Conquérant » qui prend Constantinople en 1453, où il s’installe après l’avoir rebaptisé Istanbul. Cette période faste donne naissance à un art des plus raffinés dont le Portrait de Mehmed II, délicatement exécuté par Shiblizade Ahmed (fin XVe), le caftan-armure de Mehmed II (1470) ou les portes en marqueterie (1579) dessinées par l’architecte Sinan pour le harem et les appartements privés du sultan Murad III offrent de beaux exemples. À l’instar de l’exposition consacrée aux Aztèques en 2002, « Turks » crée l’événement et attire déjà les foules à la Royal Academy, toutes générations confondues.

TURCS : VOYAGE À TRAVERS MILLE ANS D’HISTOIRE, 600-1600

Jusqu’au 12 avril, Royal Academy of Arts, Burlington House, Picadilly, Londres, tél. 44 20 7300 8000, www.tuks.org.uk, tlj 10h-18h, les vendredi et samedi jusqu’à 22h. Catalogue, 496 p., 765 ill., 35 livres sterling (50 euros), ISBN 1-903973-56-0.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°209 du 18 février 2005, avec le titre suivant : Londres à l’heure turque

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