Vendredi 15 février 2019

L’ombre du Musée Paul Fourché plane sur Orléans

Le Musée des beaux-arts sur la piste des œuvres disparues en 1940

Le Journal des Arts

Le 1 mai 1996 - 536 mots

Plus de cinquante ans après le naufrage de la collection du Musée Paul Fourché, le Musée des beaux-arts d’Orléans a décidé de montrer une centaine de peintures flamandes et hollandaises encore en sa possession. L’en­semble ne parvient pas à faire oublier les chefs-d’œuvre disparus, mais il a le mérite de mettre en lumière la politique dynamique d’un musée de province.

ORLÉANS - Une fois n’est pas coutume, l’exposition "Mémoires du Nord" donne raison aux absents. À voir la centaine de tableaux présentés au Musée des beaux-arts d’Orléans, le souvenir de la collection Paul Fourché, probablement victime d’un pillage en juin 1940, se fait cruellement sentir. La perte des Benjamin Cuyp, Dou, de Heem, van Hemessen, Metsu, van Mieris le Vieux, Caspar Netscher, Paulus Potter et d’un célèbre Saenredam est irremplaçable. Les autres donateurs qui, avant et après Paul Fourché, ont enrichi le fonds orléanais des écoles du Nord n’avaient apparemment ni les moyens, ni le goût de ce dernier. Pour preuve, les deux morceaux de bravoure de l’exposition restent encore attachés à son nom : Tête de vieillard, admirable étude peinte à seize ans par Antoon van Dyck, est l’une des rares œuvres "rescapées" de sa collection, et l’émouvante Jeune paysanne de Salomon de Bray a été acquise en 1907 sur ses conseils. Au-delà, malgré la présence de quelques toiles remarquables et en dépit des quelques beaux achats rendus possibles par l’attribution de dommages de guerre en 1963, l’ensemble est inégal. C’est le travail mené par le musée d’Orléans sous la houlette de son conser­vateur, Éric Moinet, qu’il convient plutôt de saluer.

Tous azimuts
Pour en comprendre la véritable portée, cette exposition doit en effet être resituée dans un cadre plus général. Qu’on en juge plutôt. Disséminées dans diverses réserves et administrations, les œuvres ont d’abord dû être  regroupées. Il a fallu ensuite procéder à leur récolement, les attributions douteuses étant nombreuses, et reconstituer la documentation du musée. Toutes ces recherches ont permis la publication d’un catalogue sommaire du fonds nordique dans lequel figure également la liste des œuvres disparues (lire encadré). Une campagne de restauration a été engagée, financée en partie par un groupe de soixante entreprises de la région. La rénovation des salles du second étage, qui accueillent l’exposition, devrait en appeler d’autres, notamment celles abritant les collections françaises. Puis, ce sera au tour du sous-sol du bâtiment d’accueillir une section d’art moderne et contemporain. Déjà, une quarantaine d’œuvres du Fnac sont en dépôt dans les réserves (Alberola, Cueco, Garouste, Monory…). Enfin, dans le cadre d’une série de manifestations organisées par l’ensemble des conservateurs de la région Centre, regroupées sous la bannière de l’"Automne italien", le musée prépare pour la rentrée une exposition de ses peintures italiennes du XVIIe siècle… C’est ce contexte qui donne à l’initiative du musée d’Orléans tout son sens : en exposant au grand jour une des facettes de son activité, il montre la voie à suivre aux trop nombreux musées laissés "en sommeil".

MÉMOIRES DU NORD, PEINTURES FLAMANDES ET HOLLANDAISES DES MUSÉES D’ORLÉANS, jusqu’au 30 juin, Musée des beaux-arts, place Sainte-Croix, Orléans, tél. 38 53 39 22, tlj sauf mardi, 10h-12h et 14h-18h. Catalogue, sous la direction d’Éric Moinet, 240 p., 260 ill. coul. et n & b, 190 F.

Sur la piste d’une œuvre

Dès le mois de janvier, le Journal des Arts rendait compte des conditions mystérieuses dans lesquelles les œuvres du Musée Paul Fourché avaient "disparu". À la suite de cet article, Éric Moinet nous a adressé la lettre suivante : "Grâce à vous, nous avons pu localiser un dessin qui pourrait bien provenir du Musée Paul Fourché. Certaines vérifications restent à faire. Ce dessin est conservé dans une collection américaine." Il s’agirait d’un dessin d’un maniériste de l’École de Prague, actif à la cour de Rodolphe II de Habsbourg, portant le cachet du musée orléanais au dos et acheté sur le marché français en 1964. Une petite salle de l’exposition étant consacrée aux œuvres disparues, photos à l’appui, Éric Moinet ne désespère pas que d’autres soient retrouvées…

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°25 du 1 mai 1996, avec le titre suivant : L’ombre du Musée Paul Fourché plane sur Orléans

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