Samedi 19 septembre 2020

Gravures

L’œuvre gravé de Seguí­

Par Itzhak Goldberg · Le Journal des Arts

Le 30 mars 2016 - 417 mots

Au-delà du foisement citadin, l’univers de l’Argentin prend de l’ampleur à travers ses estampes.

ISSOUDUN - L’exposition de l’artiste argentin Antonio Seguí présente un étonnant gaucho citadin, debout et nonchalant,le regard soupçonneux, il épie le spectateur. L’homme est à l’image de ces petites figures, prises dans le tourbillon de scènes multiples dans les toiles de l’artiste. Mais, une fois n’est pas coutume, le personnage est isolé de la foule et sa taille est quasi à l’échelle humaine. L’œuvre s’intitule simplement Personaje (1990).

Une présence incongrue, au milieu de toiles où des êtres au chapeau de feutre mou et à la moustache fine, à l’élégance surannée, parcourent des surfaces multicolores. Souvent de profil, droits et immobiles, les jambes écartées, ils traversent une rue, un carrefour ou arpentent les allées d’un parc. S’agit-il d’un moment de répit pour le peintre ou d’un zoom qui le place face à un de ses personnages ? Cet arrêt sur image est passager, tant l’on plonge vite dans l’univers chaotique de Seguí. Les déambulations frénétiques y construisent un réseau dense, inextricable, à la mesure de l’illisibilité de ce qu’il nomme « texture urbaine ». Ses toiles, structurées par des plans qui se chevauchent, sont traversées par des zones colorées et transparentes. Espaces incohérents, scènes contradictoires et simultanées, qui donnent l’image d’une ville où toute logique d’ensemble a disparu (Paisaje urbano, 1995).

Diversité des techniques
Cependant, la présentation à Issoudun ne se limite pas à la partie la plus connue de l’artiste. Elle couvre l’ensemble de l’œuvre à commencer par des toiles dans un style pratiquement expressionniste (La Grande boucherie, 1963). Ailleurs, une série étrange qui met en scène un éléphant au milieu de la pampa, un safari qui se serait égaré en Amérique du Sud. Puis, ce sont des images à la thématique proche du pop art ou de la Figuration narrative, où Seguí expérimente différentes techniques – photolithographie en couleurs voyantes (Socorro, guerrilleros, 1968), assemblages en bois découpés peints à l’huile (Acalorada Discussion, 1966). Le parcours propose également une salle consacrée aux illustrations de livres. Mais surtout, la manifestation accorde une place importante aux travaux de l’artiste depuis 2002, des gravures au Carborundum, aux contours épais, dont le côté sombre surprend – saynètes fragmentées, personnages tronqués, visages sans traits. En laisse (2003), figure un petit personnage ailé tenu en laisse par une autre personne dont on ne voit qu’une jambe. Image inquiétante, bien loin de la vraie ou fausse insouciance que dégagent les ciudad, ces villes animées que le peintre affectionne tant.

SeguÁ­ la peinture en miroirs

Jusqu’au 22 mai, Musée de l’Hospice Saint-Roch, Rue de l’Hospice Saint-Roch, 36100 Issoudun, tél, 02 54 21 01 76, www.museeisoudun.tv, mercredi-dimanche 10h-12h et 14h-18h. Catalogue éditions Gazoline Issoudun, 78 p., entrée gratuite.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°454 du 1 avril 2016, avec le titre suivant : L’œuvre gravé de SeguÁ­

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