L’objet de la mémoire

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 10 décembre 2007

Après le succès public de la première saison de ce jeune musée, ouvert en septembre 2002 et couronné par la visite de quarante-sept mille personnes, le défi s’annonçait délicat à relever. Fidèle à la mission dont il s’est investi, le directeur Laurent Busine s’est replongé dans les méandres de la mémoire qui imprègne si profondément le Hornu et ses œuvres. Pour ce nouvel opus, cette propriété commune mais toujours individuelle se trouve déclinée en trois thèmes : les arbres, les archives et les reliquaires. À leur énonciation, les associations viennent immédiatement. Trop peut-être,
si les œuvres sélectionnées n’apportaient leur subtilité à cette apparente simplicité. Depuis la forêt d’arbres stylisés en contreplaqué de Patrick Corillon où flotte l’histoire de Tristan et Yseult jusqu’aux photographies documentaires et mélancoliques de Joachim Koester, où une des plus anciennes forêts primitives d’Europe encore intacte apparaît comme une sorte de gardien du secret. Le choix des arbres se comprend dans leur histoire, dans ce temps inhumain qui les caractérise. Le choix, de Rodney Graham à Luciano Fabro, fait un très bel écho aux œuvres dédiées au « reliquaire », dont
la plus exceptionnelle revient à Giulio Paolini. L’Apothéose d’Homère (1971) offre un paysage de personnages célèbres endossés par de grands acteurs comme Marlon Brando ou Peter O’Toole. Louis XIV, Attila, Léonard de Vinci, Lawrence d’Arabie ou Lavoisier, tous sont réunis pour un concert que l’esprit opère en différentes variations et mouvements devant une forêt de pupitres. L’effet est saisissant.
De Giuseppe Penone à Gabriel Orozco, d’Art & Language à Marie-José Burki, chacune de ces œuvres peut déclencher la mémoire, celle des grands instants comme celle du jour. Si l’ensemble témoigne d’un ascétisme parfois déconcertant, il vise essentiellement à ne pas noyer l’expérience sous trop d’images, de sensations ou de souvenirs. Avec parcimonie, il s’agit ici de faire du spectateur le dépositaire d’une œuvre, juste une, celle qui permet d’exprimer une image, une sensation indicible mais persistante dans l’esprit.
La mémoire se construit ici par petites touches, patiemment, sans grandiloquence, avec la plus juste des proximités.

GRAND-HORNU, musée d’Art contemporain, rue Sainte-Louise 82, tél. 32 65 65 21 21, jusqu’au 29 juin.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°547 du 1 mai 2003, avec le titre suivant : L’objet de la mémoire

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