Mercredi 28 juillet 2021

XIXe

L’Italie de Michael Pächt

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 24 mars 2015 - 402 mots

Après Évreux, Amiens accueille la collection de paysages italiens du XIXe siècle de l’éditeur autrichien.

AMIENS - Le regard paternel a été trop lourd à supporter pour Michael Pächt. Fils d’Otto Pächt, éminence autrichienne spécialiste ès enluminures médiévales, Michael s’est d’abord contenté de collectionner des estampes de la Renaissance. Peu de temps après la mort de son père en 1988, l’éditeur collectionne les paysagistes français du tournant du XIXe siècle tels Hubert Robert, François-Marius Granet ou son maître Jean-Antoine Constantin d’Aix, vivant enfin sa passion au grand jour. Cet ensemble dominé par de délicieux paysages italiens fait aujourd’hui l’objet d’une exposition au Musée Picardie d’Amiens, en partenariat avec l’Institut national du patrimoine (INP) et le Musée d’art, d’histoire et d’archéologie d’Évreux où il fut présenté l’été dernier. Là où le musée d’Évreux proposait une étude didactique sur le paysage des XVIIIe et XIXe siècles, Amiens s’intéresse à la subjectivité du regard du collectionneur, mise en valeur par un accrochage à touche-touche des œuvres de petits formats.

Une vision sublimée
Ce tableau de chasse réuni par un amateur ne se fiant qu’à son œil, où seul Pierre-Henri de Valenciennes manque comme trophée, affiche également les erreurs de débutant. Ainsi le premier achat de Pächt, Près en bord de lac (v. 1861), s’est révélé un paysage lacustre typiquement allemand d’Adolf Heinrich Lier – le collectionneur était convaincu qu’il s’agissait d’un tableau de son idole Camille Corot. De ce dernier, il préfère d’ailleurs la période française – Fontainebleau, le Rhône, la Picardie… Comme les peintres de plein air qu’il affectionne, Michael Pächt semble à la recherche d’une Italie rêvée. L’esquisse et la pochade ont ici la part belle et ont pour points communs une nature majestueuse où l’humain est anecdotique, une végétation sans foi ni loi et un soleil bienfaisant. Et si l’ensemble est inégal, il illustre sans effort les mutations du genre : les paysages reconstitués en atelier du tournant du siècle laissent la place à une recherche typiquement romantique du pittoresque. Et plus tard, les paysages de Barbizon porteront l’empreinte de cette Italie rêvée qui n’est plus qu’un lointain souvenir. Pour cette exposition itinérante, Michael Pächt a livré sa collection aux bons soins des élèves de l’INP, sous l’autorité du directeur de la recherche Gennaro Toscano, parmi lesquels Olivia Voisin devenue entre-temps conservatrice au musée amiénois. Espérons que leur travail de récolement, de documentation et de rédaction pour le catalogue se verra récompensé…

Sur la route d’Italie. Peindre la nature d’Hubert Robert à Corot. Collection Michael Pächt

Jusqu’au 31 mai, Musée de Picardie, 48, rue de la République, 80000 Amiens
tél. 03 22 97 14 00
horaires d’ouvertures sur www.amiens.fr/musees
entrée 5,50 €
Catalogue, Gourcuff-Gradenigo, 240 p., 29 €

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°432 du 27 mars 2015, avec le titre suivant : L’Italie de Michael Pächt

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