L’Iran au temps de Shah ‘Abbas

Par Anouchka Roggeman · L'ŒIL

Le 21 avril 2009

C’est un minuscule portrait d’un homme d’une simplicité déconcertante qui ouvre l’exposition dédiée à l’un des plus grands souverains d’Iran.

Cette aquarelle réalisée en 1618 est l’une des rares représentations de Shah ‘Abbas (Abbas Ier le Grand), cinquième roi de la dynastie Safavide qui régna en Iran de 1588 à 1629. Reconnu pour ses talents militaires, son ouverture et sa diplomatie, le shah parvint non seulement à stabiliser son pays après une période de guerres civiles et d’invasions mais aussi, en développant le commerce et les arts, à rétablir la suprématie de l’Iran dans le golfe Persique.
Troisième d’une série dédiée aux dirigeants influents de ce monde, l’exposition, qui prend place sous le superbe dôme du musée, est conçue comme une promenade à travers quatre lieux clés du règne de Shah ‘Abbas. La visite commence à Ispahan, la ville dont le souverain fit sa capitale. Entouré de nombreux artistes, calligraphes, enlumineurs, architectes, sculpteurs et intellectuels, Shah ‘Abbas construisit des mosquées et des palais qui firent de la ville, avant sa destruction partielle par les armées afghanes, un important centre culturel et l’une des plus belles capitales au monde. Les sublimes calligraphies d’Ali Riza Abbasi, les manuscrits religieux enluminés ainsi que les tapis de prière en soie, brodés d’or et d’argent (l’art du tapis atteignit son apogée à cette époque), donnent à eux seuls une idée du faste des lieux et de la qualité du travail des artistes qui œuvraient pour le souverain.
C’est ensuite à Ardabil, Mashhad et Qum que l’on se rend. Ces trois lieux de culte furent réhabilités et restaurés par le roi, qui fit don de nombreux objets luxueux, parmi lesquels des manuscrits perses des xve et xvie siècles, des tissus en soie rarissimes (Fragment de textile en  soie et velours ciselé, xviie siècle) et des objets en porcelaine de Chine datant des époques Yuan et Ming. Le visiteur assiste ainsi à la naissance d’une nouvelle stylistique, qui impacta aussi bien l’architecture que tous les autres arts. Partout, la même unité allait contribuer à créer une nouvelle image du pays, qui allait rayonner bien au-delà de ses frontières.
Shah ‘Abbas allait non seulement marquer son époque par un nouveau style artistique, mais s’appuyer sur celui-ci pour asseoir son pouvoir et unifier son pays, comme le firent les plus grands de ce monde.

« Shah ‘Abbas : La renaissance de l’Iran », The Bristish Museum, Great Russell Street, Londres WC1B 3DG (Grande-Bretagne), www.britishmuseum.org, jusqu'au 14 juin 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°613 du 1 mai 2009, avec le titre suivant : L’Iran au temps de Shah ‘Abbas

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