Samedi 15 décembre 2018

L’insoumission de l’œuvre

Kerguéhennec remet les pendules à l’heure

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 10 octobre 1997 - 418 mots

L’exposition \"Densité ou le musée inimaginable\", qui réunit les œuvres de plus de quatre-vingts artistes, brouille les certitudes et se joue des discours officiels en montrant combien la lecture d’une œuvre d’art évolue en fonction de son contexte de présentation.

BIGNAN. "Densité ou le musée inimaginable", tout comme "De la main à la tête, l’objet théorique" présentée en 1993 à Kerguéhennec, s’organise en plusieurs séquences, l’accrochage des œuvres de l’exposition changeant plusieurs fois jusqu’au 12 avril pour leur offrir de nouveaux contextes. La manifestation ajoute à cette rotation spatiale une présentation dans trois environnements distincts qui ont un effet sensible sur la lecture des œuvres. Le premier d’entre eux, la bergerie avec ses cellules monacales, favorise au mieux l’introversion, la réflexion et l’analyse. Des textes d’Alexander Dorner, Jean Cassou, Werner Haftmann ou Georges Duthuit sont accompagnés de photographies d’artistes, de commissaires d’exposition, de documents sur quelques musées, mais aussi d’œuvres de Fernand Léger, René Daniels, Jean-Pierre Bertrand, Sylvie et Cherif Defraoui, Dieter Roth et Richard Hamilton, Eugène Leroy ou Pistoletto. Toute autre est l’ambiance du château. Elle évoque en effet les salons d’un collectionneur, avec son mobilier signé Starck ou Mies van der Rohe et les pièces parfois accrochées aux murs : Angela Grauer­holz, Emmanuel Per­reire, Joe Scanlan ou Didier Marcel. Seul le dernier espace,  les écuries, s’apparente dans la forme au contexte habituel de présentation des œuvres en institution : le cube blanc. Pourtant, ici encore le visiteur est pris à contre-pied. Faisant fi des classifications chères aux conservateurs, Denys Zacha­ropoulos, le directeur du centre d’art, a réalisé des rapprochements audacieux, loin de l’histoire figée de l’art : Helmut Federle côtoie par exemple Requichot ou Roni Horn.

L’œuvre en résistance
Ainsi, l’exposition démontre combien la perception d’une œuvre est liée à son contexte artistique, historique, intellectuel, voire architectural. Le musée n’est le lieu que d’une présentation possible, partielle, voire partiale. “Densité ou le musée inimaginable” n’est d’ailleurs pas organisée par hasard l’année même où André Malraux entre au Panthéon. L’écrivain qui, selon le commissaire de l’exposition, avait “une vision bourgeoise de l’art” et était “un brillant amateur représentant de l’Impé­rialisme culturel”, n’a cessé de cultiver le fantasme, d’enfermer les chefs-d’œuvre de la planète dans son musée imaginaire. Reprenant l’analyse que Georges Duthuit a développée dans les trois tomes du Musée inimaginable (1956), Denys Zacharopoulos insiste sur l’essence même de l’œuvre : sa résistance.

DENSITÉ OU LE MUSÉE INIMAGINABLE, jusqu’au 12 avril 1998, Domaine de Kerguéhennec, 56500 Bignan, tél. 02 97 60 44 44, tlj sauf le lundi 10h-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°45 du 10 octobre 1997, avec le titre suivant : L’insoumission de l’œuvre

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