Dimanche 16 décembre 2018

XXe siècle

Lindner, obsédé charnel

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 4 mars 2005 - 522 mots

Le Musée de la vie romantique rend un bel hommage à l’artiste new-yorkais d’origine allemande, devenu peintre sur le tard.

 PARIS - Graphiste et illustrateur reconnu, installé à New York en 1941, Richard Lindner (1901-1978) décide de se consacrer à la peinture sur le tard, à l’âge de 50 ans. Il ne réalisera au total qu’une centaine de toiles, mais son œuvre particulièrement expressive aux couleurs flamboyantes influencera de jeunes générations américaines et européennes, d’Andy Warhol à Roy Lichtenstein, des Nouveaux Réalistes à Niki de Saint-Phalle. Plus de trente ans après la rétrospective du Musée national d’art moderne, en 1974, Lindner est à nouveau à l’honneur à Paris. Le Musée de la vie romantique accueille 26 toiles et une cinquantaine d’aquarelles de l’artiste (soit un quart de sa production), accrochées par ordre chronologique. Allemand d’origine juive, Richard Lindner fuit son pays en 1933 pour s’installer à Paris, où il découvre l’œuvre de Fernand Léger – il finira par rencontrer l’artiste quelques années plus tard, à New York. Pendant l’Occupation, Lindner est interné par la police française dans un camp près de Blois, d’où il réussit à s’enfuir en 1941 pour rejoindre les États-Unis.

Sans retenue
Fortement marqué par l’expressionnisme allemand et le Paris des Années folles – en témoignent des toiles comme Woman (1950) ou Marche militaire –, il développe une œuvre singulière en s’inspirant de la vie new-yorkaise et du cinéma américain. Les actes racistes de juin 1963 en Alabama suivis, en novembre, de l’assassinat du président Kennedy lui inspirent The Street, sa « meilleure toile », selon lui. Une femme moulée dans une robe noire, l’air agressif, une Lolita vêtue de blanc, l’ombre d’un personnage armé, un homme en gilet pare-balles, un chien rattrapant un ballon, se rencontrent dans cet univers improbable construit à la manière d’un arrêt sur image. Son imagination débordante, sa maîtrise technique du dessin et de la couleur créent un monde assourdissant, hanté de femmes dominatrices en cuissardes et talons aiguilles, où s’exprime pleinement sa fascination pour le sexe féminin, la force de la libido, des fantasmes et des rapports amoureux. Ainsi de The Target No. 1 (1958-1961), Masqued Woman (1966), Girl with Bird (1973) ou encore La Chasse (1976), dans laquelle Lindner a représenté une poupée aux cheveux roses, fardée de maquillage, dont le tailleur laisse voir la poitrine et le haut de la cuisse. « Sa peinture est clairement liée au sexe. Elle s’épanouit dans le contexte de la libération sexuelle des années 1960. Mais il ne faut pas négliger la dimension ludique et humoristique de son œuvre (avec des clins d’œil à la bande dessinée), ainsi que son incroyable richesse chromatique, presque palpable. La sensualité qui émane de ses tableaux n’est pas uniquement charnelle », précise Daniel Marchesseau, directeur du musée. L’établissement rend un bel hommage à cet artiste américano-européen, permettant de se laisser aller sans retenue, et avec délice, dans son monde fétichiste, érotique et délirant.

RICHARD LINDNER (1901-1978) – ADULTS ONLY

Jusqu’au 12 juin, Musée de la vie romantique, 16, rue Chaptal, 75009 Paris, tél. 01 55 31 95 67, tlj sauf lundi et jour férié, 10h-18h. Catalogue, éditions Paris Musées, 30 euros.

Richard Lindner, de Hambourg à New York

1901 Naissance à Hambourg 1933 Hitler au pouvoir, Lindner s’installe à Paris 1941 Il rejoint New York 1950 Sans renoncer à son travail d’illustrateur, il décide de se consacrer à la peinture 1952-1965 Professeur au Pratt Institute de Brooklyn 1954 Première exposition personnelle à la galerie Betty Parsons à New York 1961 Succès absolu lors de sa première exposition à la galerie Cordier-Warren à New York. L’année marque le début de sa reconnaissance internationale 1965 Première exposition à Paris, à la galerie Claude Bernard 1968 Première rétrospective à travers l’Europe 1974 Exposition itinérante au Musée national d’art moderne de Paris, au Musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam, à Zurich et à Düsseldorf 1978 Décès de Lindner

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°210 du 4 mars 2005, avec le titre suivant : Lindner, obsédé charnel

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