Mardi 10 décembre 2019

L’île des morts

Genève expose des pièces de Marajó

Le Journal des Arts

Le 17 mai 2002 - 468 mots

À l’embouchure de l’Amazone, l’île de Marajó a livré une remarquable production céramique de l’époque précolombienne. Le Musée Barbier-Mueller
de Genève en présente un ensemble de pièces liées
aux pratiques funéraires de populations venues des
régions subandines.

GENÈVE - Si on les compare à certaines civilisations précolombiennes, du Mexique aux Andes, les peuples amazoniens n’ont laissé qu’une trace modeste. Dans les rares zones qu’ils ont pu explorer, les archéologues n’ont retrouvé ni constructions en pierre, ni objets manufacturés, ni ornements élaborés en métal, en tissu, en bois ou en os. La collection de céramiques du Musée Barbier-Mueller, dont le noyau a été constitué par Josef Mueller dans les années 1930, n’en a que plus d’intérêt. Après “L’art de la plume en Amazonie” à la Fondation Mona-Bismarck, à Paris (lire le JdA n° 142, 8 février 2002), et, l’an dernier, “Unknown Amazon” au British Museum, à Londres, l’exposition genevoise, fondée sur l’ensemble déposé à Barcelone, offre un regard sur l’art de ces populations, et plus particulièrement sur celles de la Basse Amazonie.

L’essentiel de la collection qui compte vingt-six pièces quasi intactes provient en effet de Marajó, la plus grande île de l’estuaire de l’Amazone. Et appartient à la phase historique dite de Marajoara (400-1350), qui voit arriver dans la région une population d’agri-culteurs subandins, originaires du nord-ouest de l’Amérique du Sud.

Toutes les céramiques sont liées à un contexte funéraire, et notamment à la pratique de l’inhumation secondaire. Une fois les cadavres décomposés, les ossements étaient récupérés et déposés dans des urnes. La plus étonnante est certainement l’urne anthropomorphe qui accueille le visiteur à l’entrée de l’exposition, un personnage au corps couvert de motifs géométriques peints en rouge et noir, pareils à des tatouages, sous une tête servant de couvercle. Toutefois, le plus souvent, les os étaient réunis dans de traditionnelles urnes dont les exemples réunis à Genève permettent de donner un aperçu, du vase grossièrement gravé de motifs géométriques aux deux pièces monumentales ornées de peintures et de décors en relief. Au-delà de l’intérêt archéologique et esthétique, c’est le tour de force technique qui surprend dans de tels objets, d’un mètre de haut. Dans les tombes, autour de ces urnes, étaient disposés des plats, des écuelles, peintes et/ou gravées de motifs évoquant la faune amazonienne, sans doute destinés à contenir des offrandes. La fonction de deux autres objets, une statuette anthropomorphe, très stylisée, de forme phallique, et un phallus, apparaît plus mystérieuse. Comme le rarissime tanga (cache-sexe) de terre cuite, on peut supposer qu’ils étaient utilisés lors des rites funéraires. L’arrivée de nouvelles populations sur l’île de Marajó a précipité le déclin de cette production céramique.

- AMAZONIE PRÉCOLOMBIENNE, Musée Barbier-Mueller, 10 rue Jean-Calvin, Genève, tél. 41 22 312 02 70, tlj 11h-17h. Catalogue, 90 p., 18,50 euros. Parallèlement, le musée présente un ensemble prodigieux d’armes africaines.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°149 du 17 mai 2002, avec le titre suivant : L’île des morts

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